Entreprises & Start-up

Pour les 1 200 collaborateurs du groupe Van Marcke (1 600 avec l’étranger), elle est “Madame Caroline”. Diplômée de la Solvay Business School (VUB), Caroline Van Marcke a rejoint, en 1992, l’entreprise familiale de sanitaires et chauffage fondée par son grand-père, Raymond, il y a 90 ans. Depuis 2012, elle a pris la tête du groupe installé depuis toujours à Courtrai. Pleine d’énergie et toujours tout sourire, cette presque quinqua, née en août 1969, n’a pas eu peur de relever le défi dans ce monde plutôt masculin de la construction. “ Être une femme ne m’a jamais posé problème. Ni à l’extérieur, ni en interne. Nous avons une bonne répartition entre les hommes et les femmes et le personnel a l’habitude d’avoir des femmes à la tête de la société. Ma grand-mère l’a longtemps dirigée et ma mère en est la présidente .”

Le fait de diriger une entreprise familiale est un atout. “ Cela permet d’assurer la continuité et de voir à long terme. Nous pouvons prendre quelques risques pour l’avenir. Cette vision est importante pour nos employés, car l’entreprise ne vit que par les personnes qui y travaillent .” Mère de trois enfants, Caroline Van Marcke “ jongle depuis toujours entre son boulot et sa famille. Il faut que les enfants soient indépendants et compréhensifs” . Son fils aîné, Aldric, travaille depuis deux ans sur le nouveau centre de distribution, qui vient d’être inauguré. “ Le sujet le passionnait. Après, il décidera lui-même de ce qu’il a envie de faire.


Van Marcke a inauguré mi-mai un nouveau centre de distribution (EDC) à Courtrai. Un investissement de 75 millions d’euros. C’est beaucoup pour une PME.

Oui, mais c’est un tremplin pour les dix ou même vingt prochaines années. Notre ancien centre de distribution, qui avait plus de 40 ans, ne répondait plus aux exigences des marchés. Aujourd’hui, il faut livrer plus vite et en package adapté (sanitaire, tuyau, meuble,…). Le client doit pouvoir commander en dernière minute. La solution était soit d’investir dans un nouveau centre, soit d’outsourcer la logistique, mais alors on en perd le contrôle. C’est pour cela aussi que nous avons notre propre société de transport. Nos chauffeurs sont d’ailleurs nos ambassadeurs. Tous les services sont centralisés dans l’EDC. Les bureaux déménageront en juillet. Le centre est aussi celui de notre société sœur Sanitairwinkel, une société Internet hollandaise dans laquelle nous avons pris une participation.

Ce centre est à la pointe de la technologie.

Il est également à la pointe des normes environnementales. D’un point de vue technique, il est équipé d’un système de stockage automatisé qui permet le traitement automatique de 80 % de toutes les commandes. Nous avons aussi notre premier robot palettiseur, Gloria. Tout ceci permet de répondre au mieux aux demandes des clients qui commandent de plus en plus en ligne.

Cela a-t-il un impact sur les showrooms ?

Non, les gens se déplacent toujours. Nous allons d’ailleurs garder nos 16 showrooms en Belgique. Mais nous n’avons pas de projet d’extension pour l’instant dans notre pays.

Et à l’étranger ?

Nous sommes présents au Luxembourg (2 showrooms et 5 Van Marcke Technics), en Suisse (1 magasin Van Marcke Technics) et en France avec un showroom et 18 points de vente Van Marcke Technics. La France est un pôle de croissance important. Nous sommes actuellement uniquement dans les Hauts de France car nous n’avions pas la logistique pour couvrir correctement les autres régions. Grâce à notre nouveau centre, situé à 8 kilomètres de la frontière française, nous allons pouvoir nous étendre. Nous sommes aussi aux États-Unis depuis 1982, où nous avons ouvert un premier magasin Technics en Arizona. Depuis nous avons étendu notre présence à d’autres États et avons 25 magasins et deux centres de distribution. La croissance actuelle est de plus de 20 % et nous allons continuer à investir là car le potentiel de développement est énorme.

Une entrée en bourse serait-elle envisageable ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour.

Comment se porte le secteur des sanitaires et chauffage ?

Très bien. Que ce soit lors d’une rénovation ou d’une construction neuve, les gens investissent beaucoup dans leur salle de bains. Les normes de plus en plus strictes les incitent à opter pour de nouvelles technologies.

Qui sont vos concurrents ?

Des enseignes comme la nôtre (Facq, Desco,…) mais aussi des Amazon, Alibaba, qui sont des perturbateurs du marché. Nous devons notamment être au top du point de vue logistique pour les concurrencer.

Comment faire pour se distinguer des autres ?

Il faut offrir des produits et un service de qualité. Nous voulons nous différencier avec des produits innovants. Nous avons des marques connues et nos marques propres. Côté services, notre nouveau centre de distribution nous permet désormais de pouvoir livrer le lendemain les commandes passées avant 17h (sauf en Suisse). Notre taux de service général est de 94 %. Quand le produit est dans le dépôt, nous arrivons à 99,7 %. Les 6 % de commande qui ne sont pas satisfaites dans le temps c’est parce que le produit n’est pas disponible, le client n’a pas le crédit, l’adresse n’est pas bonne ou le client n’est pas là. Nous estimons que c’est à nous de vérifier si l’adresse est bonne. Nous avons aussi aménagé dans notre centre un magasin Van Marcke Technics, comme il en existe 82 autres en Belgique – destiné aux professionnels. Mais à la différence des autres, ils peuvent même venir y chercher des pièces la nuit.

Quels sont les autres services que vous proposez ?

Nous avons le Van Marcke College qui organise des formations pour des professionnels du secteur des installations techniques du bâtiment. Le département Van Marcke Service intervient pour certains travaux que les installateurs ne veulent ou ne peuvent pas faire. Avec Van Marcke Engineering, nous mettons nos consultants à disposition de bureaux d’études. Il y a une demande importante pour ce type de services car les techniques évoluent tellement vite. Depuis septembre 2018, avec Van Marcke Instals, nous voulons être l’intermédiaire entre les particuliers et les professionnels avec une application en ligne. Et puis nous avons aussi notre banque à Malte. Izola Bank s’adresse tant aux installateurs qu’aux particuliers et offre des taux d’emprunt très compétitifs.
Nous ne voulons pas simplement être un grossiste qui vend des produits pour le sanitaire et le chauffage.

© BELGA

Pour votre nouveau centre de distribution, vous avez fait appel aux dernières techniques pour avoir un bâtiment respectueux de l’environnement.

Il s’agit d’une construction parfaitement neutre en CO 2 . Plusieurs techniques ont été utilisées. Nous utilisons la géothermie pour chauffer et refroidir le bâtiment, avec 512 forages et 33 kilomètres de tubes. Le toit, dont une partie a été aménagée en toiture végétale, sera équipé de 16 000 m² de panneaux solaires. Nous recueillons l’eau de pluie et avons une centrale de purification. Nous pouvons être autonomes en eau pendant 90 jours. Des chauffes-eau solaires assurent la production d’eau chaude sanitaire. Des universités nous suivent pour analyser et calculer nos performances. C’est important pour la récolte des données, par exemple pour la géothermie, il faut voir quelle est la bonne température, à quelle profondeur, quelles sont les variations de température,… L’EDC est un centre d’expérience par excellence, une vitrine de ce qui se fait de mieux actuellement. On peut d’ailleurs le visiter.

Votre sensibilisation au climat ne se limite pas à l’EDC.

Nous étions déjà précurseurs en 2009 en lançant Big Blue, un centre unique d’information, de vente et d’expertise qui rassemble toutes les connaissances et les acteurs présents sur le théâtre des solutions vertes pour le chauffage et l’eau. Nous proposons aussi des produits qui nuisent le moins possible à l’environnement. Dans nos showrooms, nous appliquons les dernières normes. Par exemple, 80 % de nos magasins ont été équipés d’un éclairage LED, ce qui permet une économie d’énergie de 70 %. Nous voulons être conséquents avec les valeurs que nous prônons et dès lors agir nous-mêmes et pas seulement inciter les autres à passer à l’action. Van Marcke s’est aussi engagé dans l’initiative Sign for my Future qui appelle tous les Belges à s’engager pour une politique climatique plus ambitieuse en Belgique.

Quel peut être le rôle d’une entreprise comme la vôtre en matière de climat ?

Je suis d’abord une mère et pense à l’avenir de mes enfants. En tant que CEO, j’estime que nous avons une responsabilité sociétale. Le secteur du bâtiment est un des gros pollueurs. Et notamment pour ce qui touche au chauffage et à la production d’eau chaude sanitaire. Si nous ne proposons pas de solution, qui d’autre va le faire ?

Que pensez-vous des mesures prises par le politique ?

Il y a plusieurs problèmes. Le premier est qu’aucun politique n’a de vision à long terme. Second problème : la fragmentation par région. Une politique globale est indispensable. Les normes et les subsides sont régionaux. C’est absurde. Pour les installateurs notamment. Ils ne connaissent pas de frontières. Enfin, il y a trop d’incohérences dans les décisions prises. Les prix de l’électricité ont grimpé à cause des taxes qui servent notamment à subsidier des solutions de chauffage alternatives, comme les pompes à chaleur, qui consomment énormément d’électricité… La TVA sur le charbon est toujours à 12 %. Ce n’est pas normal. Les jeunes descendent dans la rue et je les soutiens. Mais les politiques ne bougent pas. La sensibilisation c’est bien, mais il faut agir. Et tous : les particuliers, le politique, les entreprises,…

Que peuvent par exemple faire les particuliers ?

Ils peuvent déjà faire la différence en isolant leur maison, en installant un thermostat intelligent, en remplaçant leur ancien chauffe-eau électrique par un chauffe-eau thermodynamique, en investissant dans une pompe à chaleur, en utilisant l’eau de pluie,…

N’est-ce pas trop tard ?

Il est plus que temps d’agir en tout cas. Prenons l’exemple des chaudières, on estime qu’en Belgique 4 millions de chaudières sont polluantes. Si on veut être neutre en C0 2 pour 2050, il faudra les remplacer. Ce qui signifie, sur 30 ans, 133 000 nouvelles chaudières par an…