Ce qui est primordial, c’est vouloir travailler. La motivation, c’est le grand souci. " La réflexion de Lazaros Kassalias prête peut-être à sourire, elle illustre pourtant un paradoxe de notre époque. D’un côté, le climat économique actuel ne facilite pas la recherche d’un emploi. De l’autre, certains secteurs sont confrontés à la difficulté de trouver des candidats valables. "Dans le secteur frigorifique, le premier critère que les entreprises recherchaient, ce ne sont même pas les connaissances, mais d’abord d’être prêt à se lever le matin. D’ailleurs, c’est un métier en pénurie. Si j’ai dix techniciens frigoristes prêts demain, je passe quelques coups de fil et je peux les placer tous les dix."

Aujourd’hui formateur au centre de compétence Forem Environnement de Mons, Lazaros essaie de transmettre la passion de ce métier. Derrière lui, un groupe de jeunes stagiaires s’active. Venus d’Arlon où ils terminent une formation longue, ils sont ici pour obtenir leur certification ­qui découle d’une obligation européenne. "Ici, j’ai de la chance, ils sont bien motivés. Mais quand je parle avec les collègues, le bilan global est mitigé."

Revaloriser l’image des métiers techniques

Loin de l’image poussiéreuse qui colle encore à la peau de l’enseignement technique et professionnel, les infrastructures montoises sont à la pointe dans leur domaine. Inaugurées en 2005, elles offrent un panel de formations orientées vers "les métiers de l’environnement au sens large", explique le responsable du centre Olivier Franck. S’y retrouvent les activités liées à la gestion de l’énergie (chauffagiste, technicien en maintenance éolienne, dans le photovoltaïque ou la cogénération), celle des déchets ou encore ces nouveaux métiers "transversaux" que sont les conseillers en énergie et autres écopasseurs. Un gisement d’emplois en devenir qui a bénéficié de l’impulsion donnée par les politiques climatique et énergétique européennes.

"Nous brassons un public très diversifié, mais ce sont souvent des gens qui ont un passé professionnel", poursuit notre interlocuteur, précisant que la moyenne d’âge des stagiaires tourne autour de la trentaine. En chiffres, cela se traduit annuellement par environ 650 demandeurs d’emploi et 500 travailleurs venus suivre une formation continue. Petit handicap : le manque d’accessibilité liée à la situation géographique du site lui vaut d’être essentiellement fréquenté par un public de la région hennuyère.

Rester à jour

A côté d’un catalogue de formations de base, dont la durée varie d’un jour à six mois selon le niveau de qualification visé, le centre essaie de s’adapter en permanence aux attentes du marché du travail. En suivant les évolutions technologiques dans les métiers enseignés ou en mettant, par exemple, sur pied des modules spécifiques (payants) à la demande d’entreprises désireuses de mettre leur personnel à niveau. Une mise à jour continue qui passe également par un suivi des évolutions réglementaires.

Ce partenariat avec les entreprises est très important, insiste Olivier Franck, qui explique saisir chaque opportunité en la matière. Quand il n’est pas obligatoire, le stage professionnel est d’ailleurs encouragé, car il permet au stagiaire de mettre "le pied dans la porte" et peut déboucher sur une opportunité de job ou, à tout le moins, étoffer un CV avec une expérience du terrain.

Le cas de l’éolien illustre bien cette indispensable flexibilité. Pour l’instant, cette formation est en stand-by car le secteur est dans l’attente de clarifications sur le futur cadre d’implantation wallon. Inquiétant ? Non, estime M. Franck, "car les projets sont prêts et les moyens financiers également". La situation devrait donc se débloquer, mais le centre n’en devra pas moins faire évoluer la structure de ses formations. "En caricaturant, je dirais que, jusqu’ici, nous avons formé des électromécaniciens polyvalents capables de grimper au sommet d’un mât éolien. Mais les opérateurs recherchent à présent des ouvriers plus spécialisés capables de répondre à des besoins plus spécifiques."

Avec un taux d’insertion professionnelle d’environ 70 % dans les six premiers mois qui suivent la formation, le centre de compétences de Mons peut s’enorgueillir d’un bilan plutôt positif. Mais celui-ci ne doit pas masquer certaines réalités. "Nous procédons à des tests d’entrée préalables", reconnaît Olivier Franck. Ils n’ont pas pour but de faire de la discrimination, mais "de cibler le bon public" afin que cet investissement soit profitable tant pour la collectivité qui finance ces programmes que pour les intéressés. "La motivation est très importante", répète-t-il à son tour. "On sent très vite les personnes qui viennent se présenter ici parce qu’elles y sont obligées par l’Onem dans le cadre des politiques d’activation." De ce point de vue, celles-ci apparaissent contre-productives car les centres de formation voient aujourd’hui apparaître une lame de fond de candidats "zombies", chômeurs de très longue durée, dont l’aventure se conclut le plus souvent par un abandon.

Mais quelles recettes l’Europe pourrait-elle mettre en œuvre pour stimuler l’emploi des jeunes ? "Il faut investir dans un travail de fond pour revaloriser l’enseignement technique qui a toujours été dénigré et lui donner de la visibilité. Pour ma part, j’observe qu’il y a du boulot dans ces filières-là, mais il faut que les gens se forment", répond notre hôte. Et d’insister sur la nécessité de rapprocher également le secteur de l’enseignement classique et celui de la formation professionnelle, qui s’observent encore trop souvent en chiens de faïence.

Dans la salle de classe de l’atelier "photovoltaïque", Youssef paraît pour sa part convaincu. Alors qu’il "glandait" après être sorti de l’école, il a choisi de suivre une formation d’électricien qu’il complète par ce module sur l’énergie solaire. "Il y a toujours une demande pour tout ce qui concerne le bâtiment", explique-t-il. Un avis partagé par son camarade Grégory : "Autour de chez moi, on construit partout. Donc, il faut forcément de la main-d’œuvre. Et des électriciens, on en aura toujours besoin." En août, il effectuera ainsi un stage et semble déjà en passe de décrocher un emploi.


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