Analyse

L’importance du magot reste largement insoupçonnée. Et pourtant, les comptes à vue des particuliers hébergent chaque mois une trentaine de milliards d’euros.

Si les banques sont souvent chiches pour rémunérer l’épargne de leurs clients, elles le sont encore plus à l’égard de ces dizaines de milliards qui ne vous rapportent rien, ou si peu : de 0,10 % à 0,25 % chez les grands, et encore avec des conditions tellement drastiques qu’il est parfois bien difficile d’empocher le moindre cent.

Le manque à gagner peut, dès lors, se chiffrer en plusieurs dizaines de millions, voire plus, pour les clients.

Certaines n’accordent tout simplement pas le moindre cent d’intérêt, quel que soit le montant en compte. Axa Banque, Citibank et ING (Lion Account) sont dans le cas. Il est pourtant possible de trouver nettement mieux : 1 % chez Deutsche Bank, 1,25 % chez BKCP et même 1,50 % chez Keytrade Bank. Il s’agit à chaque fois d’un taux brut, dont il faut retirer 15 % de précompte.

La plupart des clients restent toutefois fidèles à leur banque. Pourquoi ? Les grandes banques tablent, non sans raison, sur l’immobilisme de leurs clients pour accorder des intérêts créditeurs généralement symboliques.

Les raisons de ce conservatisme sont connues. Bien des opérations transitent via un compte à vue : paiement du salaire, des allocations familiales, domiciliation de factures de gaz et d’électricité, ordres permanents de paiements,

Bref, changer de banque et de compte à vue entraîne bien des démarches et des désagréments potentiels, d’autant que l’on conseille de revenir douze mois en arrière pour vérifier toutes les sources de versement sur votre compte.

Raison pour laquelle les Belges restent traditionnellement "scotchés" à leur compte à vue, même quand celui-ci leur coûte des dizaines d’euros par an. Une récente enquête de Tests-Achats montre qu’il peut aller jusqu’à une septantaine d’euros chez ING ou Fortis Banque pour un utilisateur actif.

Deux éléments auraient dû faire bouger les choses au cours des dernières années.

D’une part, en cas de clôture, les frais bancaires payés en début d’année sont remboursés pour les mois restant à courir. La mesure est entrée en vigueur en novembre 2007, sans grand effet, apparemment.

Il existe aussi un dossier de mobilité bancaire depuis bientôt cinq ans. Il permet de dresser la liste de l’ensemble des relations avec la banque que vous désirez quitter, et de la communiquer à votre nouvelle banque.

L’intérêt pour ce service est toutefois mitigé. Argenta a traité une centaine de dossiers jusqu’à ce jour. Axa Banque, pour sa part, en traite un par mois, en moyenne. Les grandes banques font, pour leur part, l’impasse sur ces données. Rien, il est vrai, n’oblige de faire appel à ce dossier lorsque vous désirez changer de banque ou de compte à vue.

Les choses changeront peut-être dans quelques mois. Au plus tard à partir du 1er novembre prochain, un nouveau code de conduite verra le jour. Il prévoira la mise en place d’une mobilité bancaire optimalisée. La nouvelle banque sera, par exemple, informée dans les 7 jours ouvrables des ordres de virement permanents et des domiciliations par la banque que vous quittez. La nouvelle banque aura alors à son tour sept jours pour entamer l’exécution des ordres de paiements reçus. Le transfert automatique des ordres de virements permanents et avec date mémo doit également être prévu. Reste à voir si cela fera évoluer les choses

Ce n’est pas dans l’intérêt des grandes banques.

D’une part, elles peuvent prêter à court terme les sommes en compte, sans pour autant les rémunérer grassement. D’autre part, elles peuvent allégrement se "sucrer" dès que vous passez dans le rouge : les taux débiteurs peuvent aller jusque 15 % (12 % maximum à partir du 1er juin 2009, LLB du 9 mai 2009).

Sauf pour de trop rares exceptions (Argenta, Deutsche Bank, BKCP, Crédit Agricole pour les clients Fidelio, Keytrade Bank), votre banque pratique le taux maximum légal, et ne vous fait donc aucun cadeau.

La règle est simple : plus une banque est pingre lorsqu’il s’agit de rémunérer votre compte à vue, plus elle est gourmande lorsque vous devez passer à la caisse.

Les grandes banques rechignent d’ailleurs à dévoiler le nombre de clients dont le solde du compte à vue passe sous zéro en cours de mois. Chez Argenta, c’est 0,5 % des comptes. Axa Banque et BKCP donnent, pour leur part, des chiffres assez proches : entre 7 et 8 % des comptes passent à un moment ou à un autre dans le rouge.

C’est dire si les comptes à vue sont finalement très rentables pour votre banquier.