Le contexte socio-économique perturbé par la crise financière de 2008 a suscité un questionnement du mode de management des entreprises et la place de l’éthique dans le business. L’entreprise est, plus que jamais, un lieu de création de valeur, d’emploi et de richesse, mais aussi une source potentielle de perturbations sociales et environnementales. Jusqu’où la recherche du profit et de la croissance économique peut-elle l’emporter sur l’éthique et la responsabilité sociale et sociétale d’une activité ? Peut-on imaginer une économie plus responsable et concilier les préoccupations économiques et sociales ?

Cette crise est une contrainte, mais on peut aussi se dire que cela constitue une opportunité pour redessiner le système de management des institutions. Plusieurs enjeux méritent qu’on s’en préoccupe : l’égalité des chances, la protection de l’environnement, la consommation d’énergie, le commerce équitable, le dialogue avec les parties prenantes, la diversité et bien d’autres thèmes. Comment trouver un équilibre entre les impératifs, parfois contradictoires, de croissance économique, d’équilibre social et d’impact positif sur la société civile, l’environnement et les générations futures ?

Ce questionnement renvoie à l’importance de revisiter les pratiques managériales sous l’angle de la responsabilité sociale de l’entreprise, et, au besoin, de revoir les mécanismes de régulations sociales. Le management responsable vise à inclure des préoccupations éthiques dans les processus de prises de décisions économiques.

Ceci ne peut réussir qu’en l’incluant dans les plans stratégiques et lui allouant les ressources financières, humaines et logistiques nécessaires, mais aussi en assurant sa transversalité sur tous les plans de management de l’entreprise : en GRH, mais aussi en finance (investissements et comportements financiers responsables), en marketing, en logistique (étude de l’impact sur l’environnement), en production.

Plus concrètement, réussir ce pari suppose plusieurs axes de travail : sensibiliser et former les acteurs de la vie économique, mais aussi améliorer la formation des managers de demain (notamment dans les écoles d’ingénieurs et de gestion), outiller les entreprises pour une meilleure intégration des enjeux sociaux et environnementaux dans leurs stratégies, et promouvoir des mesures incitatives par les pouvoirs publics.

Plusieurs écoles de gestion en Belgique (HEC-Ecole de Gestion de l’université de Liège, Louvain School of Management, ICHEC Brussels Management School et bien d’autres) ont pris conscience de ces enjeux et mettent en place des cours dédiés à la responsabilité sociale dans le cursus universitaire, en mettant en avant son importance dans toutes les disciplines classiques du management : la finance, le marketing, la logistique, la gestion des ressources humaines et la stratégie.

Ce travail d’enseignement est couplé avec une série de recherches académiques menées dans ces mêmes institutions qui s’interrogent sur les modalités de mise en œuvre et sur l’évaluation de ces pratiques. Le secteur privé, associatif et politique n’est pas à l’écart de ce mouvement. Plusieurs initiatives gouvernementales sont lancées pour encourager les entreprises à considérer davantage l’impact social et environnemental de leurs décisions économiques.

Le challenge soulevé par les chercheurs et enseignants est de passer d’un management de la responsabilité sociale à un management par la responsabilité sociale, c’est-à-dire des principes de gestion partagés par tous les acteurs de la vie économique.