La Deutsche Post s'insurge contre la libéralisation unilatérale du courrier prévue pour janvier 2008 en Allemagne. Pour éviter des distorsions concurrentielles, le groupe allemand exige que les autres pays européens abolissent eux aussi le monopole postal.

Une libéralisation sauvage menacerait 32 000 postes de travail en Allemagne, a averti le président Klaus Zumwinkel. Le patron de la Deutsche Post affirme qu'il y a encore une "certaine chance" pour que la loi postale, qui garantit le monopole pour le courrier de moins de 50 grammes et expire fin 2007, soit prorogée. Mais, assure-t-il, "cela n'est pas mon objectif, l'Allemagne peut jouer un rôle pionnier à condition que les autres suivent". Actuellement, une majorité de pays de l'UE refuse d'abolir le monopole en janvier 2009 ainsi que le propose la Commission européenne. La France et la Pologne pourraient suivre deux ou trois ans après l'Allemagne, a concédé le chef de la Deutsche Post, mais il craint que plusieurs grands pays veuillent maintenir le monopole.

Récemment, le ministre social-démocrate du travail, Franz Müntefering, avait suggéré de prolonger le monopole en Allemagne, mais il est peu vraisemblable que la chancelière Angela Merkel le suive. L'opinion prévaut que le monopole du courrier est aussi anachronique que l'ex-monopole du téléphone. Berlin veut réduire la part de la Deutsche Post dans le courrier comme on a déjà auparavant favorisé la concurrence dans les télécommunications.

En ce moment, le courrier de plus de 50 grammes est déjà libéralisé; dans ce secteur, la Deutsche Post a une part de marché de 90 pc. Klaus Zumwinkel a encore une autre préoccupation : le dumping social de concurrents postaux payant des salaires de famine. Son calcul est fort simple : si la part de marché de la Deutsche Post diminue de 20 pc sur le marché national, alors 20 pc des 160 000 emplois de la division courrier, soit 32 000, seront condamnés. Des licenciements massifs seraient alors inévitables. La loi allemande permet à l'Agence fédérale des réseaux d'intervenir contre le dumping social, mais jusqu'à ce jour elle n'a rien fait.

Le patron de la Post fait preuve d'une surprenante combativité, disant : "Nous lutterons pour l'acheminement de chaque lettre jusqu'à la dernière goutte de sang". En fait, le groupe est préparé à la fin du monopole. Après les importantes acquisitions aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, en 2006 le résultat opérationnel Ebit des divisions Express (DHL), logistique et Postbank de 2,1 milliards d'euros a pour la première fois dépassé celui de la division courrier (2,05 milliards).

© La Libre Belgique 2007