Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Les taux d'intérêt ne peuvent pas non plus grimper indéfiniment. Précisément, depuis quelques semaines, les taux obligataires à long terme se tassent progressivement. En Belgique, les Olo's (pour "obligations linéaires - lineaire obligaties"), soit les emprunts de l'Etat à dix ans, voient leur taux baisser depuis un bon mois. La rémunération des Olo's avait atteint un sommet le 6 juillet dernier, à 4,75 pc. Depuis lors, ce taux de référence du marché obligataire a battu en retraite et affiche aujourd'hui un niveau compris entre 4,40 pc et 4,50 pc.

Le bonheur des uns

Aux Etats-Unis, le même phénomène apparaît et ce, depuis un peu plus longtemps. La rémunération des bons du Trésor a culminé à 5,30 pc le 12 juin 2007. Depuis cette date, ce taux n'a cessé de perdre de la hauteur et végète actuellement entre 4,70 pc et 4,80 pc. Ces baisses des taux de référence sont toutes récentes (voir l'infographie ci-contre) mais leurs conséquences se sont déjà fait sentir. Comme toujours dans de telles circonstances, il y a de bonnes et de moins bonnes nouvelles pour les particuliers.

Côté conséquences heureuses, les emprunts immobiliers semblent devoir être un peu moins chers qu'auparavant. Le 1er août, la banque néerlandaise ABN Amro, souvent à la pointe dans l'adaptation de ses taux aux conditions du marché, a abaissé le niveau de ses taux d'intérêt en matière de crédit hypothécaire. Mais pour l'instant, le reste du marché semble rester dans une position d'observation. Sur le marché du prêt immobilier, en tout cas.

Le malheur des autres

Car la baisse des taux à long terme a aussi des conséquences malheureuses pour les particuliers. En effet, certaines banques réagissent rapidement à l'affaiblissement des taux de référence en modifiant la rémunération de produits non pas de crédit mais de placement. Ici, évidemment, ce n'est pas dans l'intérêt du client. Ainsi, hier, on a appris que Dexia réduisait ses taux en matière de bons de caisse, marché dont le groupe franco-belge est le numéro un dans notre pays (lire en page 14). D'autres acteurs du monde bancaire suivront probablement le mouvement dans les prochains jours. Par ailleurs, "certains autres produits pourraient voir leur rémunération reculer également", note un courtier qui songe notamment aux comptes d'épargne et plus particulièrement à ceux des banques qui offrent un haut rendement, ces dernières ne pouvant supporter trop longtemps un différentiel de taux trop faible.

"Subprime" en cause, encore

Comment expliquer cette tendance baissière des taux d'intérêt ? La déprime des marchés d'actions n'y est pas étrangère. Déçus par les performances médiocres des cours de Bourse depuis la mi-juillet, certains investisseurs ont peut-être préféré acheter des obligations. Les spécialistes parlent de "fly to quality" (littéralement, "voler vers la qualité") ou encore de "fly to safety" (vers la sécurité). L'arrivée d'acheteurs supplémentaires sur le marché obligataire fait grimper le cours des obligations, ce qui provoque mécaniquement une baisse des taux.

La crise qui touche le "subprime", le secteur des prêts hypothécaires à risque aux Etats-Unis, a donc des conséquences jusque sur le marché obligataire. Les observateurs estiment que les taux ne remonteront que si le problème du "subprime" est résolu. "Actuellement, le taux des bons d'Etat belges est de 4,47 pc : c'est trop bas", estime Alexandre De Groote, administrateur délégué de Petercam Institutional Bonds. "Il devrait revenir à son niveau de début juillet. A condition toutefois que le problème du "subprime" trouve une solution. Les entreprises financières exposées aux crédits à risque aux Etats-Unis doivent réagir. Mais cela peut prendre plusieurs semaines. Il faut évaluer le problème, faire des provisions, limiter les dégâts. Ensuite, les marchés pourront repartir."

Compte tenu de ce contexte, à quel niveau peut-on s'attendre pour la rémunération des Olo's en fin d'année ? "Avant la crise du "subprime", nos prévisions faisaient état de taux compris entre 4,75 pc et 5 pc", rappelle Alexandre De Groote. "Désormais, nous les situerions plutôt entre 4,5 pc et 4,75 pc."

Mais les professionnels restent prudents. Le mois d'août se caractérise par des volumes plutôt faibles sur les marchés. De surcroît, la volatilité est élevée. Conclusion : mieux vaut attendre septembre pour y voir un peu plus clair.