Samsung a dû se résoudre lundi à repousser le lancement de son smartphone pliable Fold pour des problèmes d'écrans défectueux, nouveau coup dur pour le groupe, trois ans après le fiasco des batteries explosives du Galaxy Note 7.

Le lancement de cet appareil, présenté comme une prouesse technologique et proposé à près de 2.000 dollars aux Etats-Unis, était attendu vendredi.

Des utilisateurs "nous ont fait part du fait que l'appareil avait besoin d'améliorations (...). Pour étudier entièrement ces retours, et réaliser des tests approfondis, nous avons décidé de reporter le lancement du Galaxy Fold", a affirmé le leader mondial des smartphones dans un communiqué.

"Nous prévoyons de donner une date de sortie dans les semaines qui viennent", a-t-il ajouté, promettant des "mesures pour renforcer la protection de l'écran".

Certains journalistes et analystes qui avaient reçu le Fold en test aux Etats-Unis avaient fait état de problèmes, notamment des écrans brisés après quelques utilisations.

Samsung, qui est actuellement dans une passe compliquée financièrement, avait alors indiqué qu'il allait inspecter quelques-uns de ses Galaxy Fold mais sans parler de repousser sa sortie.

Selon le communiqué de lundi, l'écran semble bel et bien présenter des fragilités, en particulier au niveau de la charnière qui lui permet de se plier, où des "impacts" peuvent se former. Le groupe évoque aussi un cas où des "substances trouvées à l'intérieur de l'appareil ont affecté la performance de l'écran".

"Après seulement deux jours, l'écran du Galaxy Fold que j'ai reçu pour l'évaluer est totalement cassé et inutilisable", avait notamment twitté le journaliste Mark Gunman, de l'agence Bloomberg tandis que son confrère du magazine spécialisé The Verge, Dieter Bohn, avait lui aussi dit que l'écran de son Galaxy Fold était "cassé."

Fermé, le Fold est un smartphone classique. Ouvert, il devient une petite tablette.

Couches

D'après d'autres témoignages de journalistes et d'analystes spécialisés, dans la presse ou sur les réseaux sociaux, certains testeurs avaient ôté --manifestement à tort-- une couche transparente appliquée sur l'écran : elle ressemblait furieusement au film plastique amovible de protection que l'on doit retirer lorsque l'on déballe un nouveau smartphone.

Samsung a d'ailleurs précisé lundi qu'il indiquerait davantage de précautions d'utilisation et de soin de l'écran, notamment à propos "de la couche protectrice" appliquée sur le smartphone.

Ce fiasco semble donner raison à certains analystes, qui estimaient déjà que la technologie des écrans pliables reste rudimentaire et les prix trop élevés.

Samsung avait présenté son appareil en grande pompe lors d'un show organisé à San Francisco en février. Il avait alors semblé prendre une longueur d'avance sur ses rivaux, Apple en particulier, en devenant le premier fabricant majeur à lancer un smartphone à écran pliable.

D'autres avaient suivi, comme le chinois Huawei.

C'est un nouveau revers pour Samsung, dont la réputation avait pris un sérieux coup en 2016 avec le rappel mondial de son Galaxy Note 7 en raison d'un problème de batteries qui explosaient. Il avait dû procéder à un humiliant rappel planétaire du modèle.

Une affaire qui lui a coûté des milliards de dollars et entamé son image, à l'instar de la condamnation de l'héritier Lee Jae-yong dans un énorme scandale de corruption.

Le groupe semblait toutefois remonter la pente en terme de réputation et avait présenté en février, outre le Fold, le Galaxy S10 5G, le premier smartphone au monde fonctionnant avec l'internet mobile ultra-rapide, prenant une longueur d'avance sur ses rivaux.

Mais en dépit de ces innovations, le groupe a annoncé au début du mois qu'il prévoyait un plongeon de 60% de son bénéfice d'exploitation au premier trimestre, en raison du ralentissement de son activité de puces mémoire, plombée par une demande en berne.

Le marché mondial du smartphone a nettement calé en 2018, poussant les fabricants à se lancer dans une course aux innovations pour le redynamiser.

Samsung Electronics est le navire amiral du groupe Samsung, de loin le plus important des conglomérats qui dominent le monde des affaires sud-coréen et ses résultats sont cruciaux pour l'état de santé de la 11e économie mondiale.