Le directeur des opérations de Credit Suisse a démissionné suite à l'enquête interne concernant la filature d'un banquier star passé à la concurrence, a annoncé mardi la banque, estimant en revanche que son patron n'était impliqué.

Pierre-Olivier Bouée a renoncé à ses fonctions, le conseil d'administration ayant décidé de confier son poste, "avec effet immédiat", à James Walker, 54 ans, un cadre qui a occupé plusieurs fonctions clés au sein de la banque, dont la direction des finances de la filiale américaine, a indiqué Credit Suisse dans un communiqué.

Le cabinet d'avocats Homburger, chargé de l'enquête interne, n'a en revanche pas trouvé d'indications suggérant que le directeur général, le franco-ivoirien Tidjane Thiam, avait approuvé la filature, ni qu'il en était au courant avant que l'affaire éclate, le 18 septembre.

Credit Suisse, le numéro deux du secteur bancaire, est éclaboussé par un dossier à rebondissements dans la presse suisse concernant la filature d'Iqbal Khan, son ancien directeur de la gestion de fortune internationale, qui doit rejoindre sa rivale UBS.

La presse dominicale avait révélé que cet ancien banquier très en vue dans les cercles financiers en Suisse avait été surveillé par une société d'investigation privée pour s'assurer qu'il ne tentait pas de débaucher d'autres collaborateurs pour le suivre chez la concurrence.

Se sentant suivi alors qu'il circulait au volant de sa voiture, M. Khan s'était garé pour aller photographier les plaques minéralogiques du véhicule qui le filait. Une dispute avait éclaté en plein cœur des quartiers chics de Zurich lorsque trois hommes en étaient descendu et avaient tenté de s'emparer de son téléphone, avait relaté la presse suisse. M. Khan avait porté plainte.

Face aux rebondissements dans la presse suisse, le conseil d'administration avait décidé lancé une enquête interne, confiée au cabinet d'avocats Homburger.

Selon cette enquête, le directeur aurait "lui seul" décidé de faire observer M. Khan "afin de protéger les intérêts de la banque", a indiqué Credit Suisse dans le communiqué.

Il n'en avait "pas discuté" avec le directeur général de la banque, ni avec aucun autre membre de l'équipe de direction, ni avec le président du conseil d'administration ou le directeur du comité d'audit, a poursuivi la banque.

"La conseil d'administration considère que le mandat d'observation d'Iqbal Khan était incorrect et disproportionné et a entrainé de sévères dommages pour la réputation de la banque", a écrit l'établissement dans le communiqué.

L'enquête du cabinet n'a pas identifié d'indices selon lesquels M. Khan aurait tenté de débaucher d'autres employés, a précisé la banque.