L'implosion du fonds américain Archegos va coûter plus de 4 milliards de francs suisses à la banque Credit Suisse, qui a annoncé mardi le départ de deux membres de sa direction, et va réduire bonus et dividende.

Le numéro deux du secteur bancaire helvétique, déjà secoué par la faillite de la société financière britannique Greensill, s'attend à une charge de 4,4 milliards de francs suisses (3,9 milliards d'euros), qui va grever ses résultats du premier trimestre.

Elle s'attend ainsi à une perte avant impôts d'environ 900 millions de francs suisses au premier trimestre, a-t-elle chiffré dans un communiqué, annihilant les bonnes performances de début d'année dans sa banque d'investissement et de la gestion de fortune, en particulier dans la zone Asie-Pacifique.

Dans un communiqué séparé, Credit Suisse a annoncé une réduction de son dividende ainsi que des bonus de ses dirigeants, sur lesquels les actionnaires doivent voter lors de la prochaine assemblée générale le 30 avril. La banque, sous pression, a aussi annoncé le départ de deux cadres dirigeants, Brian Chin, le directeur de la banque d'investissement, et Lara Warner, la directrice du risque et des questions de conformité, dès ce mardi 6 avril. Tous deux vont quitter la banque.

Christian Meissner, qui co-dirige le conseil en banque d'affaires dans la gestion internationale de fortune, prendra la relève à la tête de la banque d'investissement à partir du 1er mai. Deux autres cadres de la banque reprendront par intérim la direction, pour l'un de la gestion des risques et pour l'autre des questions de conformité, subdivisées en deux pans distincts.

Les critiques se sont multipliées la semaine passée, y compris de la part d'actionnaires de long terme, qui ont soulevé des questions sur la gestion des risques.

"Faire le ménage"

Dans un entretien avec l'agence Bloomberg, David Herro, le directeur des investissements de la société américaine de gestion d'actifs Harris Associates, qui compte parmi les actionnaires de référence de Credit Suisse, avait affirmé que ces secousses sur Archegos devait pousser la banque à "se réveiller" et être l'occasion "d'accélérer le changement de culture nécessaire au sein de l'entreprise".

Cet épisode fournissait, selon lui, l'occasion de "faire le ménage" parmi les responsables de la banque "qui acceptent une culture qui n'équilibre pas le risque et le rendement".

Le conseil d'administration a lancé deux enquêtes internes, l'une sur les questions autour de Greensill, l'autre sur celles autour d'Archegos. Début mars, la banque avait suspendu le négoce et les souscriptions pour quatre fonds liés à Greensill, évoquant des "incertitudes considérables" quant à leur exacte valorisation.

Fin mars, la banque a subi un second choc lorsque le fonds Archegos, qui s'appuyait sur des instruments complexes, a dû se délester massivement de parts détenues dans des entreprises américaines et chinoises cotées à la Bourse de New York.

Fortement secouée en Bourse la semaine passée, l'action évoluait mardi sur une note hésitante alors que les investisseurs soupesaient cette série d'annonces. A 9H53GMT, le titre se redressait de 1,28% à 10,29 francs suisses, dépassant le SMI, l'indice de référence de la Bourse suisse, en hausse de 0,56 %.

A 4,4 milliards de francs, la charge pour Archegos se situe "dans la fraction haute" des estimations, a réagi Andreas Venditti, analyste chez Vontobel dans un commentaire boursier, notant cependant que les pertes trimestrielles restent "limitées". "Si l'impact à court terme semble moins sévère que craint, les pleines conséquences en termes de perte de réputation ne seront visibles qu'avec le temps", a-t-il toutefois jugé.

Credit suisse avait préparé le terrain en émettant la semaine dernière un avertissement sur ses résultats quelques heures après la banque japonaise Nomura suite au fiasco Archegos. La banque suisse n'était alors pas encore en mesure d'évaluer l'ampleur des pertes. La banque japonaise avait, elle, fourni une première estimation, évaluant sa perte potentielle à environ 2 milliards de dollars, même si ce chiffre pouvait encore évoluer, avait-elle prévenu.