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Deux femmes grecques très âgées, coiffées du traditionnel fichu noir, sont en pleine discussion : "Ce qui me pose problème c’est la VAT raise", dit l’une. L’autre qui tient à la main une feuille de papier à la main : "Attend, je n’en suis qu’au Pension mesure taxe fund ". Ce dessin, hilarant, fait le tour de la Toile, et résume la problématique de la question du référendum grec de dimanche prochain. Une question simple, en apparence : "Doit-on, oui ou non accepter les propositions des institutions (Commission, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) du 26 juin dernier ?" Sauf que ces propositions, les Grecs ne les ont pas sous la main, et qu’à l’instar des mamies du dessin, tous ne parlent pas l’anglais. Quand bien même le comprendraient-ils, il leur serait difficile de saisir les tenants et les aboutissants des propositions des créanciers du pays.

Stathis Kouvelakis, du comité central du Syriza, balaie cet argument de la main : "Les Grecs savent très bien l’enjeu de ces élections. C ‘est oui ou non à l’austérité, oui ou non au bon fonctionnement de la démocratie, au respect de la volonté des peuples !" Oui mais, encore : pour les créanciers, l’accord du 26 juin est "caduc", puisqu’il portait sur les conditions d’extension du second plan d’aide. Or, celui-ci ayant expiré le 30 juin à minuit, le référendum n’a plus aucune raison d’être.

L’avertissement du Conseil de l’Europe

D’ailleurs, pour le Conseil de l’Europe, l’organisation qui veille au respect des droits fondamentaux sur l’ensemble du Vieux Continent, "le référendum ne correspond pas aux standards européens" - c’est-à-dire aux recommandations de la Commission de Venise, son organe d’expertise juridique. Les votants auraient dû recevoir les questions deux semaines à l’avance; il est trop tard pour envoyer des observateurs internationaux; les questions posées doivent être claires et précises, ce qui n’est pas le cas, constate le Conseil de l’Europe.

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakeralidis lui a répondu par un communiqué cinglant : "La question posée au référendum a été votée par le Parlement grec, publiée dans le journal officiel, elle est donc tout ce qu’il y a des plus valide et légale." Stephania Xidia, membre de l’ONG Place Identity into the City, qui s’occupe des questions d’urbanisme citoyen, estime que le débat est "biaisé". Comme beaucoup de Grecs, trois jours avant la consultation, elle ignore encore ce qu’elle votera. "On me demande de prendre position sur une question qui me dépasse, sans débat. Ce n’est pas normal car je ne sais pas quelles seront les conséquences d’un oui ou d’un non."

C’est là que le bât blesse. Il n’est pas possible, d’ici le 5 juillet, d’organiser de campagne sérieuse et encore moins d’organiser des débats. De plus, ce référendum se tiendra dans un contexte tendu, alors que les banques sont fermées, pour éviter une fuite des capitaux, le tout sur fond de guerre médiatique inouïe. Stathis Kouvelakis le reconnaît. C’est pourquoi tous les jours, il arpente les rues d’Athènes, va discuter dans les associations, les syndicats, les lieux de travail, les cafés, bref, "partout ou je peux expliquer les enjeux".

Une réponse, plusieurs interprétations

"Nous avons fait des propositions, des concessions dures pour un gouvernement de gauche, mais vendredi dernier, on nous a soumis un plan inacceptable, à prendre ou à laisser. Notre réponse à cet ultimatum était et reste le référendum", défend Georges Katrougalos, ministre des Réformes administratives.

Lundi, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker a invité les Grecs à dire oui "quelle que soit la question", sous-entendant que l’enjeu sous-jacent du référendum est le maintien de la Grèce dans la zone euro. En s’adressant à la nation, mercredi soir, le Premier ministre Tsipras a appelé les Grecs à voter non. "Le non au référendum ne signifie pas une rupture avec l’Europe mais le retour à l’Europe des valeurs, le non signifie une forte pression pour continuer les négociations", a-t-il dit.

Autant dire que la campagne éclair sera virulente. A part dans quelques kiosques d’information elle n’est visible pour l’instant dans les rues d’Athènes qu’à travers les slogans "Peuple, dis non" écrits en rouge sur les murs ou les affiches orange avec un seul mot écrit en grandes lettres noires : "OXI" - non, en grec. La campagne du oui, quant à elle, s’exprime surtout dans les journaux télévisés, ouvertement très hostiles à Alexis Tsipras.