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Daems: `L'inévitable n'a pu être évité´

Paul Piret

Publié le - Mis à jour le

Ironie amère des calendriers: la commission d'enquête parlementaire de la Chambre sur la Sabena tient ces jours-ci ses audiences les plus politiquement sensibles, un an pile après l'aveu de faillite de la défunte compagnie. Avant Johan Vande Lanotte aujourd'hui et Guy Verhofstadt vendredi, c'est Rik Daems et son chef de cabinet qui ont été auditionnés mardi.

Alors, ce ministre VLD des Entreprises et Participations publiques, un vrai Monsieur catastrophe ou un véritable bouc émissaire? On n'a pas forcément progressé dans la réponse hier, après de longues heures pourtant de comparution, jusque tard dans la soirée.

Hors jeu

Lui se démène pour convaincre, au terme d'un exposé vidéo:

`J'ai vraiment tout fait pour essayer de sauver la Sabena. Mais l'inévitable n'a pu être évité.´ Des gens lui en veulent? `Je les comprends. Que voulez-vous, j'étais le ministre compétent au moment où la situation de la compagnie était devenue désespérée.´

En face, d'emblée, dans la majorité aussi et sans surprendre, on ne le ménage pas toujours. `Vous n'avez pas eu un seul mot pour l'aspect humain et social du drame.´ (Gérard Gobert, Ecolo) `Votre période ne se caractérise pas par le respect des règles de bonne gestion.´ (Hans Bonte, SP-A) `Dans `Knack´, la veuve du pilote qui s'est suicidé vous reproche de n'avoir rien fait pour sauver la Sabena.´ (Karel Van Hoorebeke, ex-VU)...

Il faut dire que les collègues mêmes de Daems purent le mettre hors jeu. La commission, forcément, revient sur le fameux accord dit de l'Astoria du 17 juillet 2001 dont Daems et les siens furent exclus, sous la gouverne de Verhofstadt et Vande Lanotte. `L'ambiance entre mon ministre et M.Corti était devenue dure. Si cela peut faciliter les discussions, tout ministre doit accepter de s'effacer. M.Daems a mis ses sentiments personnels au second plan. (...) L'accord n'était pas parfait, mais il était conditionnel, expliquera Charles-Louis d'Arenberg, chef de cabinet, cuisiné 5 heures durant avant son ministre. Bien sûr, il aurait été préférable d'être informés.´ Préférable...

En rond

Voilà, en bref, pour le volet politique. Et sur le fond? Daems résume: 1.

`Le gouvernement dans son ensemble a toujours accordé la priorité au développement économique et à l'emploi du secteur aérien´ ; 2. `La stratégie de la Swissair et le non-respect de ses obligations sont les causes principales de la faillite de la Sabena´- mais il faut ajouter que la structure de son capital fut toujours faible, et sa rentabilité jamais réelle. En somme, interroge Claude Eerdekens (PS), nous avons été le Petit chaperon rouge face au Grand méchant loup? Daems: `Disons que les Suisses auxquels j'ai eu affaire étaient des loups féroces.´

Au fait, quelle était la nature exacte du cadre juridique entre Belges et Suisses? Un Di Rupo avait parlé de `coopération´; un Daems parle d'`intégration´. La distinction est importante: elle détermine la marge de manoeuvre belge, faible à nulle dans le second cas. Daems: `Les accords de 95 étaient bons en 95. Mais le contexte a évolué. Ce qui a commencé comme coopération est devenu intégration. (...) La direction était décapitée en Belgique, elle est devenue suisse.´

Cela dit, Jan Meyers, l'avocat de l'Etat belge, adressa dès fin 2000 au ministre une mise en garde sur le respect de leurs engagements par Swissair. Il suggérait de rechercher un compromis, de tenter d'élargir le partenariat, voire de réfléchir à un concordat - qui eût peut-être permis de mieux rebondir par la suite... Pourquoi lui avoir fait `la sourde oreille´ (Bonte) ? Réponses ministérielles en vrac (qui feront diverger deux députés VLD) : quitter Swissair aurait été irréaliste; on était `pieds et mains liés´ avec eux; aucun autre partenaire ne se levait; une demande de concordat relevait du Conseil d'administration; mieux valait forcer à une recapitalisation - d'ailleurs effective en février 2001.

`On tourne en rond´, soupire un commissaire. Il leur faudra pourtant, bientôt, atterrir...

© La Libre Belgique 2002

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