Le cinquième constructeur mondial a annoncé lundi, dans un communiqué, qu'il allait céder 80,1% de Chrysler au fonds américain Cerberus pour 5,5 milliards d'euros.

En cédant le contrôle de sa filiale, Daimler se sépare de marques mondialement connnues comme Chrysler, Dodge et Jeep. Il fait une croix sur 47 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, soit près d'un tiers de son activité et 80.000 salariés.

Mais il se débarrasse avant tout d'un foyer de pertes. Depuis le mariage entre Daimler-Benz et Chrysler en 1998, la filiale est confrontée aux Etats-Unis à une concurrence asiatique très agressive. Et elle fait les frais d'une gamme inadaptée, centrée sur les gros 4x4 alors que les automobilistes américains se tournent vers des véhicules moins gourmands à cause de l'envolée des prix du brut.

Pour redresser les comptes de Chrysler, les Allemands ont injecté des milliards d'euros et supprimé des dizaines de milliers d'emplois. Rien n'y a fait et la marque est restée désespérément dans le rouge.

En février, DaimlerChrysler a finalement jeté l'éponge en annonçant envisager "toutes les options stratégiques" pour sa filiale américaine, y compris une vente.

En lâchant Chrysler, Daimler se déleste d'un autre poids: les engagements de la marque américaine en matière de pension et de retraite, soit 18 milliards de dollars qui pesaient comme une épée de Damoclès sur ses comptes. Symboliquement toutefois, l'opération est un échec catastrophique.

Daimler vend pour une somme modique une entreprise qu'il avait rachetée pour 36 milliards de dollars. Il met un terme dans la douleur à l'un des plus gros mariages transatlantiques jamais réalisés dans le secteur industriel, une fusion présentée en grandes pompes en 1998 comme un "mariage céleste". C'est également un revers personnel pour le patron de DaimlerChrysler, Dieter Zetsche, qui n'a pas réussi à redresser Chrysler malgré un long bail à la tête de la filiale.

Avec la fin de l'histoire Chrysler, une nouvelle ère s'ouvre pour Daimler. Recentré sur la filiale haut de gamme Mercedes, la petite voiture Smart et les poids lourds, le constructeur sera beaucoup plus rentable. "Nous voulons devenir le leader mondial dans les voitures et les services hauts de gamme et dans tous les segments de marché où nous sommes présents", annonce M. Zetsche, dans le communiqué.

Pour marquer ce nouveau départ, le groupe va convoquer ses actionnaires en assemblée générale pour changer son nom de "DaimlerChrysler AG" en "Daimler AG".

Pour Cerberus, la transaction est un couronnement. Avec Chrysler, c'est une véritable icone de l'industrie américaine qui tombe dans son escarcelle. Une lourde tâche l'attend toutefois. Dans l'immédiat, il devrait garder à la tête de Chrysler le Canadien Tom LaSorda. Mais il pourrait lui adjoindre rapidement l'ancien patron de Vokswagen, Wolfgang Bernhard, un spécialiste des restructurations, qui a conseillé Cerberus dans le rachat de Chrysler.

Cerberus peut compter pour l'instant sur le soutien des salariés. "La transaction avec Cerberus est dans l'intérêt des membres de l'UAW, des salariés de Chrysler et de Daimler", s'est félicité le président du puissant syndicat UAW, Ron Gettelfinger.

A la Bourse de Francfort, les investisseurs applaudissaient également. Vers 10h30 GMT, le titre s'envolait de 5,35% à 63,85 euros à Francfort.