Le chiffre est interpellant. En Belgique, une personne sur cinq est confrontée à un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Depuis 1937, l’ASBL “Petits Riens” tente d’enrayer cette spirale en accompagnant, en hébergeant et en réinsérant les personnes en difficulté. Pour financer ces actions sociales, l’ASBL a un principe très simple : elle récolte des habits ou des objets usagés et les revend à petit prix en seconde main. L’activité est plus que rentable, puisque l’année dernière les “Petits Riens” ont engrangé un million d’euros de bénéfices, entièrement reversés à ces différentes actions.

La guerre des containers avec les privés

L’ASBL a décidé de passer à la vitesse supérieure, avec l’inauguration de son nouveau centre de tri de 9 000 m2 à Anderlecht, juste à côté du magasin Ikea. “Ici, nous allons pouvoir trier 6 000 tonnes de vêtements chaque année contre 3 000 auparavant”, explique Julien Coppens, le directeur général des “Petits Riens”. Le but est ainsi de doubler les bénéfices et d’engager 100 nouveaux employés (dont 50 émanant du CPAS). Au total, près de 250 personnes travailleront sur ce site, principalement dans des fonctions exigeant peu de qualifications. Le siège de la rue Américaine, à Ixelles, ne sera pas délaissé pour autant, puisque les espaces libérés seront réaffectés à des surfaces de vente. L’ASBL, qui pourrait engager des réfugiés, fait également appel à de nombreux bénévoles et reçoit aussi des subsides des autorités publiques. “Mais nous tenons à ce que ces subsides représentent moins de 20 % de notre chiffre d’affaires pour nous garantir une certaine autonomie”, poursuit M. Coppens. Le directeur général explique aussi devoir faire face à une nouvelle concurrence dans le secteur. “Il y a de plus en plus d’entreprises, dont la finalité n’a rien de social, qui paient les communes pour placer des containers et récupérer des vêtements pour ensuite les revendre.”

Le masque africain à 500 000 francs belges

Sur le textile, qui représente 80 % des objets récoltés par les “Petits Riens”, tout n’est pas exploitable non plus. Plus d’un vêtement sur dix est incinéré. Un sur quatre est recyclé, la moitié part à l’export, essentiellement vers l’Afrique, et 15 % du textile, dont les vêtements “rétros” qui reviennent à la mode, est revendue dans les magasins belges des “Petits Riens”. Il y a parfois de bonnes surprises dans les récoltes. “Nous avons un jour vendu un masque africain aux enchères à 500 000 francs belges. On retrouve aussi parfois des robes de créateurs et nous avons désormais des personnes spécialisées pour repérer ces objets de valeur parmi la masse qui arrive.”

Les “Petits Riens” vont également sponsoriser une chaire de recherche à l’Université catholique de Louvain, consacrée à l’économie sociale. Ce type d’économie représente désormais “12 % de l’emploi en Belgique”, selon Marthe Nyssens, professeure à l’UCL. “Il y a différentes sortes d’économie sociale et il existe des entreprises qui abusent de ce label, explique-t-elle. Mais notre société est en train de redécouvrir qu’on peut faire de l’économie et même des bénéfices avec une finalité sociale. De plus en plus d’entreprises comprennent que maximiser les profits, faire de l’argent à tout prix n’est pas l’essentiel.”

Selon M. Coppens Il y a désormais une pression de la société à laquelle les entreprises sont “obligées de répondre”. “Quelque chose est en train de changer et on veut accélérer ce mouvement.”