Entretien

Les femmes ne représentent que 8 % des membres des conseils d’administration des grandes entreprises. C’est trop peu, affirme Dominique Estenne, présidente de la Commission "Femmes & Entreprises" du Conseil des femmes francophones de Belgique.

Les femmes sont-elles un atout pour les entreprises ?

Bien sûr. De nombreuses études prouvent qu’une plus grande mixité améliore les performances des sociétés. Cette mixité est un facteur d’innovation et de progrès. La diversité des points de vue est bénéfique pour toutes les organisations. L’étude "Women Matter" publiée par McKinsey en octobre 2010 a analysé les résultats financiers de plusieurs centaines d’entreprises de dix pays. Il en ressort que les entreprises dont les comités exécutifs sont les plus féminisés sont plus rentables que celles où ils ne comptent que des hommes. Cette rentabilité opérationnelle est supérieure de 56 %. En outre, une enquête que nous avions réalisée en 2008 montre que 100 % des grandes entreprises belges reconnaissaient que la présence de femmes au niveau du top management constituait un avantage concurrentiel.

Et pourtant rien ne bouge…

Non, ou alors très lentement. Au sein des instances dirigeantes en tout cas. Dans les mentalités on voit une évolution. Notre commission a été créée en 2003. A l’époque, quand nous évoquions ce sujet, les patrons nous regardaient bizarrement. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et certains n’hésitent pas à prendre part à nos colloques.

Précisément, votre prochain colloque se tiendra bientôt. Le thème : “Femmes au top : loi ou gouvernance ?” Etes-vous pour imposer des quotas aux entreprises ?

Aujourd’hui oui, comme mesure transitoire et comme outil pour accélérer le processus. Certains pensent que l’on arrivera naturellement à avoir plus de femmes à la tête des entreprises. Mais ce n’est pas le cas. On constate d’ailleurs que seuls les pays qui ont imposé des quotas, comme la Norvège, ont vu croître significativement le pourcentage de femmes à la tête des entreprises.

Une recommandation ne suffit-elle pas ?

A notre avis, non. La Commission Corporate Governance propose une recommandation visant à atteindre au moins 30 % de femmes d’ici sept ans dans les conseils d’administration des sociétés cotées. Elle dressera chaque année un bilan de l’impact de sa recommandation. Mais nous ne sommes pas sûres de l’efficacité d’une telle mesure. Quand il n’y a pas de sanction, les entreprises sont moins enclines à prendre des mesures.

N’étiez-vous pas contre les quotas, avant ?

Oui, car il s’agit de contraintes. Nous considérions que les femmes devaient être promues en fonction de leurs compétences et non en fonction de leur genre. Nous souhaitions la création d’"un label égalité" et d’aides stimulant le développement de réseaux de femmes, l’organisation des séminaires et de programmes de mentoring. Mais rien ne bouge. Des quotas s’imposent dès lors.

Cinq propositions de loi destinées à garantir la présence des femmes au sein des conseils des sociétés commerciales et publiques sont examinées au Parlement. Et vous, que demandez-vous ?

Nous nous prononçons en faveur de l’adoption d’une loi insérant un Article 15 bis dans la loi du 21 mars 1991 et complétant l’Article 518 du Code des Sociétés en stipulant que : "pour les entreprises publiques et les sociétés cotées, leurs conseils d’administration soient composés de 40 % de femmes dans un délai de six ans, avec étape intermédiaire à trois ans, échéance à laquelle elles devront afficher au moins 20 % de femmes dans leurs conseils". Nous avons rédigé un manifeste dans ce sens et l’avons proposé à des patrons. Plusieurs d’entre eux l’ont déjà signé.

(1) Le colloque, qui se veut interactif, se tiendra le mardi 22 février 2011, de 17 à 19h30, à l’auditorium de la Banque nationale de Belgique. De nombreux acteurs du monde politique et de l’entreprise y sont attendus. Pour tous renseignements et inscription (obligatoire) : cffb@amazone.be ou tél. : 02.229.38.21.