Ikea, Delhaize, Casa, Blokker, Decathlon, Danone… Autant de grandes entreprises accusées de favoriser le "dumping social" en Belgique. Du moins indirectement, selon la FGTB qui accuse ces grands groupes de faire appel à des sous-traitants belges, passant eux-mêmes par des "sociétés boîtes aux lettres" situées en Europe de l’Est. En ligne de mire du syndicat socialiste, les chauffeurs bulgares, polonais ou tchèques payés jusqu’à "quatre fois moins" que de chauffeurs belges.

D’après le journal "De Morgen", le syndicat socialiste aurait ainsi transmis à l’inspection sociale et au secrétaire d’Etat à la Lutte contre la fraude sociale, John Crombez (SP.A), les noms de 85 entreprises ayant recours à ces "sociétés écrans".

Enquête de l’inspection sociale

Le syndicat UBT-FGTB (Transport et logistique), qui travaille sur cette liste depuis des années, estime que les chauffeurs belges, "avec leur salaire brut de 2 100 euros", ne peuvent pas concurrencer les chauffeurs étrangers. "C’est la responsabilité des grandes entreprises de tenir compte de cette réalité, s’insurge John Reynaert de l’UBT-FGTB. Mais ils se foutent de ce que les transporteurs font. Pour eux, seul le prix compte. Ils ignorent qu’il y a des chauffeurs belges, français ou allemands qui perdent leurs boulots tous les jours." Les accusations sont graves. Une enquête de l’inspection sociale devra cependant encore confirmer si ces entreprises recourent effectivement au dumping social ou non.

Récemment, le syndicat UBT-FGTB a mené une large enquête, en collaboration avec son homologue néerlandais FNV Bondgenoten, sur l’approvisionnement des magasins Ikea en Belgique et aux Pays-Bas. Une vidéo a d’ailleurs été mise en ligne sur le sujet.

Moins de 2,50 euros bruts par heure

Résultat ? Les syndicats ont découvert qu’Ikea travaille avec une société belge de transport qui a elle-même une succursale basée en Slovaquie. Cette dernière engage des chauffeurs venus de différents pays de l’Europe de l’Est à bas prix. Certains chauffeurs bulgares approvisionnant les magasins Ikea en Belgique ne gagnent ainsi "même pas 2,50 euros bruts" par heure. "On a rencontré un chauffeur bulgare qui dormait dans son camion depuis neuf mois sur les parkings du centre de distribution d’Ikea à Genk, poursuit John Reynaert. Pour prendre une douche ou pour aller aux toilettes, il pouvait se rendre au centre de distribution. Et pendant le week-end ? Il devait se débrouiller. On peut parler d’esclavage moderne." Le syndicat parle de "montages fiscaux" de la part du sous-traitant d’Ikea. "J’ai vu des contrats de chauffeurs gagnant 200 euros par mois, complétés avec des indemnités journalières pour arriver à 1 400 euros nets par mois, explique Tom Peeters de l’UBT-FGTB. Ikea chasse l’emploi en Belgique, élimine les primes et se soustrait aux impôts."

Contactée par "La Libre", le groupe Ikea a réagi. "Nous ne pouvons pas accepter de telles accusations", explique la porte-parole Josefin Thorell. "C’est un marché ouvert et nous ne pouvons pas imposer à nos fournisseurs de ne pas travailler avec des chauffeurs venus d’autres pays. Mais nous avons un code de conduite. Jusqu’ici, nous n’avons trouvé aucun indice nous démontrant qu’un de nos fournisseurs l’avait enfreint."