Triste fin pour une triste aventure : après avoir rejeté la demande de procédure de réorganisation judiciaire de l'entreprise ainsi que les recours introduits par la direction, le tribunal de l'entreprise de Malines a prononcé mardi la faillite de la chaîne de magasins Mega World. Les deux administrateurs provisoires qui avaient été désignés début novembre par le tribunal pour tenter d'y voir clair dans les comptes de l'entreprise feront office de curateurs. Ils se rendront cet après-midi au siège social de Lier pour entamer leur mission de liquidation.

Ils avaient pris la décision de ne pas rouvrir les 123 magasins quand les commerces non essentiels pouvaient reprendre leurs activités cet automne car de forts soupçons de détournements de fonds, de fraude sociale et fiscale pèsent sur le propriétaire néerlandais de Mega World, Dirk Bron, qui fait d'ailleurs l'objet d'une enquête judiciaire à ce sujet en Belgique. De plus, des anomalies dans l'inventaire et les stocks ont été constatées par les administrateurs provisoires.

Il semble peu probable qu'on procède à une liquidation des marchandises via une réouverture des magasins à la clientèle. Les stocks, dont la valeur maximale se monte à 19 millions d'euros, devraient plutôt être revendus à des grossistes, croit savoir un représentant du personnel. "Nous allons déterminer ce qui peut encore être vendu dans les stocks disponibles. Il faut vider tous les magasins", a indiqué Thierry Lamar, l'un des deux administrateurs provisoires. "Nous allons aussi vite que possible nous occuper du volet administratif pour que le personnel puisse se tourner vers le Fonds de fermeture des entreprises."

Les quelque 650 employés de Mega World vont donc perdre leur emploi et ils n'auront pas droit à des indemnités de départ classiques comme lors d'un licenciement collectif. Dans les cas de faillites, les travailleurs sont indemnisés par le Fonds de fermeture des entreprises, et donc par l’État, avec une enveloppe plafonnée à 25.000 euros bruts par personne. A priori, les employés, qui bénéficiaient du chômage temporaire depuis la fermeture des magasins imposée par les mesures sanitaires, pourront s'inscrire comme demandeurs d'emploi dès la semaine prochaine.

"Quel beau cadeau de Noël pour les employés", commente, amer, le permanent syndical Setca Christophe Bouvier. "On s'attendait à cette faillite puisque Dirk Bron n'a jamais mis un sou dans l'entreprise; ce n'était qu'une question de temps. J'espère maintenant que l'enquête judiciaire aboutira et que Dirk Bron sera puni par la justice", ajoute-t-il.

En quelques mois à peine, Mega World a accumulé plus de 40 millions d'euros de dettes, auprès de la sécurité sociale, des propriétaires des magasins, des fournisseurs de marchandises et d'énergie. Le syndicat chrétien flamand avait révélé que des transferts de fonds pour au moins 3 millions d'euros avaient été faits vers des entreprises monégasques de type "coquilles vides". Le propriétaire Dirk Bron ne semble pas en être à son coup d'essai puisqu'il a multiplié ces dernières années des faillites en Belgique et aux Pays-Bas, dont certaines sont très suspectes.