La crise, quelle crise ? Les personnes les plus fortunées ne connaissent pas ce terme. Selon un rapport (World Wealth Report) rendu public par le consultant Capgemini, le nombre de millionaires a augmenté de 9,2% à travers le monde en 2012, alors que l'année précédente ce chiffre avait chuté. Jamais la richesse possédée par ces grandes fortunes n'aura été aussi élevée, avec 46 billions de dollars en 2012.

L'année dernière, le monde comptait 12 millions d' individus possédant un patrimoine net de plus d'un million de dollars (excluant la résidence principale, les objets de collection, les consommables et les biens de consommation durable). L'Amérique du Nord reste le paradis des grosses fortunes (3,73 millions), talonnée de très près par l'Asie Pacifique (3,68 millions). Et, surprise, l'Europe est aussi en croissance, même si cette montée aurait créé des inégalités dans certains pays (Allemagne,...) et que d'autres disparaissent du classement (Grèce).

En Belgique ce nombre de millionnaires est d'ailleurs en forte hausse (+7,4%), passant de 76.900 à 82.600. “C'est surprenant, explique Martin Dieussaert, de Capgemini. En fait, les valeurs boursières ont littéralement explosé en Europe durant le second semestre 2012, suite à l'annonce du président de la BCE, Mario Draghi, de sa volonté de sauver la zone euro à tout prix. Pour beaucoup de riches, la crise est déjà derrière eux”.

Outre cette envolée boursière, la relative bonne santé du marché immobilier (“on n'a pas connu de crash, contrairement à d'autres pays”) expliquerait cette hausse de millionnaires en Belgique. D'après Martin Dieussaert, c'est presque mathématique. “Même si la croissance économique est très faible, si on crée un contexte stable, sans frein, la richesse ne fera que croître”.

A noter que les chiffres de cette étude ne sont pas identiques à ceux du Boston Consulting Group qui annonce 147.000 familles de millionaires en Belgique en 2012. La manière de calculer est différente, explique-t-on chez Capgemini. Nous prenons les individus et évoquons le patrimoine net. Mais les tendances, à la hausse, sont semblables”.

Autre constat : les grosses fortunes restent très conservatrices dans leur gestion de patrimoine (surtout les Japonais, moins les Américains), même si les Européens ont tendance à investir davantage leurs billes dans la Bourse ces dernières années. “Mais en Belgique, l'immobilier reste la valeur refuge”, développe Martin Dieussaert.

Les millionnaires à travers le monde sont aussi plus jeunes (40-55 ans surtout en Asie moins en Europe) et on compte davantage de femmes fortunées qu'auparavant.

La nouvelle tendance chez les riches ? Le placement alternatif (œuvre d'art, placement dit “émotionnel”, ...).

Enfin, si les fortunés ont très peu confiance dans les institutions, ils restent très fidèles à leurs banquiers privés dans la gestion de leur fortune. “Mais la nouvelle génération est plus critique, plus informée, nuance M. Dieussaert. Il y a 15 ans, certaines grosses fortunes étaient encore analphabètes financièrement, ce n'est plus le cas”. Les sources d'informations financières sont aujourd'hui omniprésentes. “C'est un peu comme avant d'aller voir un médecin, un patient va désormais consulter toutes les informations relatives à sa maladie sur Internet...”, conclut Robert Van der Eijk, vice-président de Capgemini Consulting.