Ce n’est pas la première fois que l’on prête l’intention à Delhaize de se marier. Cette fois-ci, c’est avec son concurrent néerlandais Ahold que la presse hollandaise le voit convoler. Selon le “Financieel Dagblad” relayé par le “Tijd” et “l’Echo”, Delhaize et Ahold discuteraient en vue d’un rapprochement. Et selon le journal néerlandais, l’opération envisagée pourrait prendre la forme d’une absorption d’Ahold, en pleine restructuration, par Delhaize. Au siège des deux groupes, on n’a pas souhaité commenter ces “rumeurs” ou “spéculations”. Un tel mariage est-il plausible ? Si c’est Delhaize qui garde la main dans cette alliance, comme le spécule le “Dagblad” et comme Pierre-Olivier Beckers, le CEO de Delhaize, l’a toujours préconisé, il faut savoir que l’opération serait colossale pour le groupe belge.

Et pour cause : Ahold, cinquième distributeur alimentaire au niveau mondial (derrière Wal-Mart, Carrefour, Tesco et Metro) a une capitalisation boursière plus de deux fois supérieure à celle de Delhaize, qui se classe en 25e position dans le classement mondial. Le groupe devrait donc procéder à une augmentation de capital ou disposer d’un appui financier extérieur.

Un intérêt américain

Quel serait l’intérêt d’un tel rapprochement ? Les deux groupes réalisent plus de 70 pc de leur chiffre d’affaires aux Etats-Unis. Bien que tous deux très implantés sur la Côte Est, ils sont assez complémentaires sur le plan géographique : Ahold est surtout présent dans le nord avec les chaînes Stop & Shop et Giant, tandis que Delhaize est plus actif au centre et dans le sud avec les enseignes Food Lion, Harveys et Sweetbay. Mais leur rapprochement pourrait poser des problèmes de concurrence.

Cette information suscite le scepticisme des analystes financiers. “Outre le fait que Delhaize a une capitalisation bien inférieure à celle d’Ahold, le timing ne me semble pas opportun. Delhaize est occupé à transformer, en Floride, ses magasins Kash n’Karry en Sweetbay et a prévu pour cette année un budget d’investissement de 770 millions d’euros. De plus, les marges d’Ahold sont inférieures à celles de Delhaize aux Etats-Unis”, commente François Van Leeuw, analyste à la Banque Degroof. “Delhaize a réussi à réduire fortement son endettement, ce qui a été apprécié par les investisseurs. On les voit mal s’endetter pour un groupe qui a été secoué par un scandale comptable aux Etats-Unis et qui fait encore l’objet de procès”, poursuit un autre analyste.

En revanche, les analystes estiment plus probable la vente des actifs américains d’Ahold à Delhaize. Les hedge funds Paulson & Co et Centaurus Capital, qui à eux deux détiennent 6,4 pc du capital d’Ahold, font en effet pression sur le distributeur pour qu’il se désengage des Etats-Unis et se recentre sur ses activités européennes plus lucratives. Et lors de la présentation de ses résultats semestriels, Pierre-Olivier Beckers a, d’ailleurs, déclaré qu’il cherchait toujours à procéder à des acquisitions ciblées sur la Côte Est des Etats-Unis. Plus précisément, “des chaînes de 20 à 50 magasins réalisant un chiffre d’affaires entre 100 millions et 1 milliard de dollars ou d’euros”.

En Bourse, le titre Delhaize a gagné, mercredi, 1,8 pc et celui d’Ahold, 1,38 pc.