Il y a des banques qui vont mal. Mais il y a aussi des banques qui vont bien. "Toutes les banques n’ont pas fait de conneries" , lance Piet Verbrugge, CEO de Delta Lloyd Belgique. "Nous nous sommes toujours tenus à l’écart des crédits douteux et des produits dérivés." Delta Lloyd ne s’en porte pas plus mal. Au contraire, même.

Mais voilà, les banquiers en prennent pour leur grade depuis quelques mois, aussi bien ceux qui ont commis des "conneries" que les autres. "La crise bancaire a jeté l’opprobre sur tous les banquiers, même ceux qui n’avaient pas commis d’erreurs."

Ces banques s’en tirent plutôt bien, grâce aux coups de pouce de l’Etat. Surtout, elles n’adoptent pas vraiment un profil bas. "Il m’est pénible de constater que les banques qui ont pris de sérieux risques par le passé peuvent aujourd’hui profiter du soutien de l’Etat et qu’elles utilisent même ce soutien commercialement alors que c’est une politique saine qui devrait être récompensée", explique le CEO de Delta Llloyd.

Et de regretter que la concurrence ne soit pas respectée en l’absence de règles contraignantes comme en Allemagne, où les banques aidées par l’Etat doivent s’aligner sur l’offre des banques qui n’ont pas dû faire appel à une aide étatique.

Cette distorsion crée d’ailleurs une certaine tension au sein de Febelfin, la fédération du secteur financier belge. "Je me demande s’il est encore possible de défendre de manière correcte toutes les banques", note Piet Verbrugge, qui réfléchit d’ailleurs à une meilleure organisation pour mieux défendre les intérêts des "petites" banques au sein de Febelfin.

Comme Delta Lloyd n’a pas fait de "conneries", elle se porte plutôt bien. "Les chiffres du premier trimestre 2009 font état d’une croissance sur toute la ligne", se félicite le patron de Delta Lloyd Belgique.

Il y a tout d’abord des nouveaux clients : 7 600. Et ils ne viennent pas les mains vides : l’encours des comptes d’épargne a augmenté de 32%. Il est vrai, aussi, que cet encours est dopé par le glissement des comptes à terme vers le compte d’épargne, désormais plus rémunérateur.

Enfin, cet encours continue à gonfler de 2 à 3 millions par jour alors que Delta Llloyd n’offre pas les meilleurs taux sur le compte d’épargne. L’encours total est désormais de 1,8 milliard d’euros.

Il y a aussi les crédits. Là encore, la progression est assez spectaculaire. +78% pour les clients particuliers et +48% pour les crédits accordés aux entreprises au cours du premier trimestre 2009 par rapport à la même période de l’année 2008. Spectaculaire et étonnant.

La plupart des banques expliquent en effet que la demande de crédits diminue en raison de la crise, raison pour laquelle elles accordent moins de crédits. "Cela prouve que toutes les banques ne donnent pas du crédit", réagit à ce propos Piet Verbrugge. "S’ils avaient auparavant essuyé un refus de la part de Fortis, par exemple, c’était quand même une demande."

Quelque 201 millions d’euros ont ainsi été accordés aux particuliers entre janvier et mars 2009, et 212 millions aux entreprises. L’ensemble du portefeuille crédit pèse désormais un peu plus de 4,5 milliards d’euros, contre 1,5 milliard voilà un peu plus de 5 ans. La croissance ne date donc pas d’hier.

Mais, en matière de crédit, il est possible de faire du chiffre en rognant sur les marges ou en étant un peu plus souples sur les conditions d’octroi. Ce n’est pas le cas, assure Piet Verbrugge : Delta Lloyd ne brade pas ses tarifs, ni ne prend de risques démesurés. "Notre modèle nous permet aujourd’hui d’accorder plus de crédits."

Les tarifs ? "Nous ne sommes pas les meilleurs du marché, mais nous essayons de trouver le meilleur équilibre." Le risque ? "Notre taux de contentieux est de 0,04 %. Peu de banques peuvent dire qu’elles ont un tel ratio", explique Piet Verbrugge.

La proportion de crédits posant problèmes était de 1,26% fin février, contre 2,48 % fin 2005. "Et ce, malgré une croissance des crédits aux entreprises et aux PME. C’est très facile d’avoir un taux de contentieux bas lorsque l’on fait, par exemple, uniquement du crédit hypothécaire."

De quoi permettre à Delta Lloyd d’enregistrer au premier trimestre un bénéfice opérationnel de 3,2 millions d’euros. Adossé à une stratégie "saine", Delta Lloyd compte bien "renforcer sa croissance" dans les mois à venir.