L'épargne en Belgique se compose de trois grands compartiments qui totalisent chacun environ 150 milliards d'euros: le livret d'épargne, les Sicav et les actions. Et quoiqu'en disent certains hommes politiques belges, les Sicav obligataires de capitalisation, qui vont être taxées à 15 pc, représentent une part importante des organismes de placement collectifs (OPC). En termes absolus, elles s'élèvent à près de 50 milliards d'euros si l'on prend les Sicav mixtes (au moins 40 pc des placements en obligations) qui seront aussi touchées.

Ce type de placement a même connu une croissance constante au cours de ces dernières années contrairement aux OPC en actions, qui ont pâti du krach boursier du début des années 2000. Ce qui explique d'ailleurs le succès des Sicav avec capital garanti.

Pour Rudy Dupont, le CEO de Cortal Consors, la mesure gouvernementale «va tuer la Sicav obligataire». Si les gens veulent un placement défensif et donc prudent, beaucoup d'entre eux risquent de se rabattre sur le livret d'épargne. Lequel offre un rendement réduit (taux de base 1,25 pc et primes d'accroissement de 0,50 pc dans les grandes banques), mais ne comporte pas de risque par rapport à une éventuelle remontée des taux d'intérêt.

Il y aurait aussi la possibilité de réinvestir dans des obligations. L'épargnant devra payer le précompte mobilier de 15 pc, mais pas les frais de gestion imputés dans une OPC. Il ne pourra pas bénéficier de l'aspect de diversification lié à une Sicav. Il aura aussi le risque de voir la valeur de l'obligation baisser si les taux repartent à la hausse. Or, de nombreux spécialistes s'attendent, en raison de pressions inflationnistes, à une hausse des taux à long terme vers la mi-2006. C'est le même raisonnement qui prévaut pour les bons de caisse, un produit délaissé par les épargnants au cours de ces dernières années en raison justement de rendements peu intéressants.

A noter que l'Etat ne serait pas forcément perdant d'un réinvestissement dans le livret d'épargne dans la mesure où les banques lui versent chaque année une taxe de 8 points de base sur l'encours. Ce qui fait 120 millions d'euros pour 2005.

© La Libre Belgique 2005