La direction des banques est-elle devenue de plus en plus-pour ne pas dire totalement- néerlandophone ? Cette question est posée fréquemment ces derniers temps au gré de nominations ou autres départs.

Partons d’un constat. A l’heure actuelle, sur les quatre grandes banques belges, trois d’entre elles sont dirigées par des Néerlandophones : Johan Thijs pour KBC, Jos Clijsters (photo) pour Belfius et le fraîchement nommé Rik Vandenberghe pour ING. BNP Paribas Fortis a, elle, comme CEO Max Jadot étiqueté francophone et très bon bilingue.

Au niveau des comités de direction, la balance pèse aussi nettement du côté du Nord du pays. Pour KBC, qui a un actionnariat très flamand (étant donné que l’Etat fédéral est sorti du capital récemment), c’est logique.

Chez Belfius (détenue à 100 % par l’Etat belge), il y a clairement un déséquilibre puisqu’il y a un seul francophone en la personne d’Eric Hermann qui du reste se fait, paraît-il, très discret. Certes, la donne devrait quelque peu changer avec la nomination comme CEO- qui pourrait être entérinée au kern de ce mercredi et lors d’un CA jeudi- de Marc Raisière, l’actuel patron du pôle assurance. Jos Clijsters, que l’on dit très proche de la mouvance démocrate chrétienne de l’ACW (l’actionnaire historique de l’ex-Bacob), deviendrait président du conseil d’administration.

Toutefois, la tâche (si elle est confirmée) de Marc Raisière, un homme de marketing plutôt qu’un banquier, ne s’annonce pas facile. Ce "poulain" de l’ex-président Freddy Bouckaert participait déjà activement depuis quelque temps au comité de direction de Belfius. Ce qui n’était, semble-t-il, pas vu d’un très bon oeil par ses collègues.

Chez ING aussi, cela se "flamandise" avec la nomination de Rik Vandenberghe comme CEO qui a été préféré à Philippe Masset, un des deux francophones du comité de direction (de 6 personnes) depuis le départ d’Arnaud Laviolette chez GBL. Le président du conseil, Eric Boyer de la Giroday, est pour sa part, francophone.

Quant aux banques de taille moyenne comme Argenta (8 % de parts de marché en Belgique) ou Delta Lloyd, elles sont aussi dans les mains de dirigeants néerlandophones. A quelques rares exceptions près comme Beobank dirigée par un Français ou des banques privées comme Degroof.

Cette prépondérance néerlandophone est aussi flagrante au sein de Febelfin, la fédération du secteur dirigée par Michel Vermaerke.

De plus, on entend aussi dire que Max Jadot pourrait être remplacé à (long) terme par Stefaan Decraene, que les Français de BNP ont été chercher chez Dexia Banque.

Bref, il paraît bien loin le temps où le monde bancaire belge était aux commandes des Michel Tilmant, Axel Miller, Maurice Lippens ou autres Yves Delacollette.

"Cette génération-là a été gommée par la crise de 2008", constate Bruno Colmant, consultant et partner chez Roland Berger. Il voit aussi dans cette flamandisation "un lointain écho de l’affaire de la Générale de Belgique qui a permis une montée en puissance de la classe flamande et une disparition d’une nomenclature francophone".

Outre un poids numérique et économique plus important au Nord du pays, Bruno Colmant évoque des "facteurs individuels". "Les Francophones ne sont pas des gens d’états-majors. Ils sont éloignés de la gestion collective. La mentalité flamande est différente. Les néerlandophones ont une gestion très proche des méthodes américaines", analyse-t-il .

Il faut dire aussi que le profil du patron de banque a fortement changé. Aujourd’hui, cela signifie "diriger un système informatique avec une interface commerciale", note encore Bruno Colmant. Ceux qui font le métier classique de banquier (que l’on pourrait résumer par accorder des prêts et récolter des dépôts) sont les directeurs d’agences.

D’autres observateurs se demandent enfin si la cooptation entre Flamands ne joue pas également, en particulier dans les postes juste au-dessous du comité de direction. Ce qui, paraît-il, crée un sentiment de frustration auprès des francophones et aussi un certain exode. D’autant que la crise a obligé la plupart des grandes institutions à mettre en oeuvre d’importants plans de restructuration qui encouragent les départs naturels…