L’association de consommateurs Test Achats dénonce l’opacité des contrats d’achats de vaccins contre le coronavirus. Si la plupart des États sont dans une course effrénée pour l’obtention de vaccins afin de remettre leurs économies en route, il est vrai que peu de prix sont clairement indiqués. D’abord annoncés “à prix coûtant”, c’est-à-dire sans marge bénéficiaire, par certaines entreprises – ce que les autorités n’ont pas manqué de relayer – d’autres ont été beaucoup plus flous ou ont fait part d’un prix nettement supérieur, justifiés par les montants colossaux investis dans la recherche et la production.

“La Belgique a souscrit aux contrats d’achats des vaccins d’AstraZeneca, Johnson&Johnson, BioNTech/Pfizer, Moderna et CureVac, et annonce le début des vaccinations pour le 5 janvier. Mais on ne sait pratiquement rien de la teneur de ces contrats, hormis le nombre de doses disponibles. Pourtant, c’est le contribuable qui finira par régler la note”, affirme donc Test Achats, qui souhaite plus de transparence sur la question.

Silence radio des autorités

“Test Achats a donc demandé à l’AFMPS (l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé) et au ministre Vandenbroucke d’obtenir une copie de ces contrats. L’AFMPS a répondu par un refus alors que le ministre n’a jamais répondu. L’organisation de consommateurs examine dès lors les moyens – y compris juridiques – à sa disposition, pour que transparence soit faite”, fait savoir l’association.

Si Test Achats salue les avancées dans les négociations et le fait que les pays européens ont réussi à s’unir dans les achats de vaccins, ce qui permet d’obtenir des tarifs plus avantageux, elle souligne les différences de prix entre les différents vaccins.

“Le secret est bien gardé quant au prix que nous aurons finalement à débourser pour les vaccins. Ces derniers mois, différentes annonces et calculs de prix ont circulé, allant de quelque 6€ pour le vaccin d’Oxford University/AstraZeneca à 42€ voire 62€ pour celui de Moderna. Alors que certaines entreprises veulent proposer leur vaccin à prix coûtant, d’autres firmes ambitionnent clairement les bénéfices. Il n’y a que pour le vaccin d’Oxford University/AstraZeneca que la ministre De Block a dévoilé un prix indicatif au Parlement. Mais combien de temps ce prix sera-t-il maintenu ? Des accords ont-ils été conclus en matière de fixation de prix ultérieure ? Ces questions demeurent sans réponse”, ajoute Test-Achats.

“Il faut rappeler que les candidats vaccins ont tous bénéficié, dans diverses proportions, de fonds publics […] Pourquoi les contribuables devraient-ils payer deux fois ?” déclare également la porte-parole de Test Achats Julie Frère. "Les citoyens ont le droit de recevoir ces informations parce que non seulement les pouvoirs publics négocient en leur nom, mais des milliards d’euros d’argent public ont été investis dans le développement et la production de ces vaccins", répète-t-elle.

L'association stipule également que les firmes ont fait pression pour que les États prennent en charge les éventuels soucis liés aux effets secondaires potentiels. Ce qui pourrait alourdir la note pour les contribuables.

Impossibilité de transparence à cause des négociations ?

Lors de la conférence interministérielle de ce jeudi, l'AFMPS a tout de même répondu à cette critique. Selon elle, la transparence ne peut pas être faite puisque c'est la Commission européenne qui négocie ces mêmes tarifs. Dès lors, impossible de communiquer des chiffres précis. De plus, le fait d'avoir d'autres pays dans la danse compliquerait cette possibilité de transparence. L'AFMPS laisse donc la responsabilité à la Commission européenne, qui, effectivement, négocie pour l'ensemble des Etats membres.

Un argument qui ne suffit pas pour Julie Frère. "Ce n'est pas la première fois qu'on a cette réponse dans ce genre de dossiers. C'est un travail de longue haleine", s'exclame-t-elle. "Les contrats sont déjà sur la table. La Commission européenne a déjà négocié. Dès lors, les pays ont cinq jours pour accepter ou non. Ce qu'on veut, c'est donc savoir ce que la Commission présente aux Etats", ajoute-t-elle. "En Belgique, cela passe par un comité spécial au sein de l'AFMPS et ensuite en conférence interministérielle Santé publique. On veut donc pouvoir consulter ces contrats, savoir s'ils sont bons ou non. Les citoyens étant directement impactés, ils ont le droit de savoir", affirme-t-elle.