REPORTAGE

À BOSTON

Hopkinton est une petite ville située à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Boston, dans la campagne verdoyante du Massachusetts. D'un point de vue touristique, il n'y a rien à y visiter. Mais cela vaut tout de même la peine d'aller jeter un oeil à l'intérieur des quartiers généraux de la société EMC, de loin le plus gros employeur de Hopkinton. Car dans ces bâtiments, a priori tout ce qu'il y a de plus banal, des centaines de chercheurs planchent sur les gigantesques bibliothèques virtuelles du futur.

Peu connue du grand public, EMC est le leader mondial du stockage de données informatiques. On estime que ses systèmes archivent deux tiers des données informatiques les plus essentielles au monde, que ce soit dans des banques, des hôpitaux, des administrations publiques, ou encore chez des opérateurs télécoms.

Fondée en 1979, EMC n'était pourtant qu'un simple fournisseur de cartes mémoire à ses débuts. Mais à la fin des années 80, la société est une des premières à sentir l'explosion de la quantité de données informatiques à travers le monde et elle commercialise ses premiers systèmes de stockage. Depuis lors, sa croissance a été fulgurante puisqu'en 2006, son chiffre d'affaires devrait dépasser les 11 milliards de dollars.

«Dossiers médicaux, informations financières, e-mails, photographies numériques, sites Internet, films... chaque jour, nous créons un véritable raz-de-marée d'informations qu'il faut stocker quelque part», explique Joe Tucci, le patron d'EMC. «Résultat: en 2005, la quantité d'informations numériques générées à travers le monde a augmenté de 70 pc par rapport à 2004. Désormais, nous générons chaque année plus de données que la quantité globale d'informations ayant vu le jour depuis l'aube de l'humanité jusqu'à l'an 2000 ».

Le cap du péta-octet

Le grand défi des ingénieurs d'EMC est bien sûr de parvenir à suivre cette évolution exponentielle. Dans les labos de Hopkinton, qui font un peu penser à un vieux film de science-fiction tant les appareils y clignotent de partout, des gigantesques systèmes informatiques sont en permanence poussés à leur maximum pour tenter de repousser toujours plus loin les limites. La société expose d'ailleurs fièrement ses appareils dans un ordre chronologique, histoire de montrer l'évolution de leurs performances.

«En 1994, nous avons conçu la première machine capable de stocker 1 téra-octet de données, ce qui correspond à plus de 1 000 giga-octets», explique Brian Gallagher, un des ingénieurs en chef. «Douze ans plus tard, nous venons de lancer notre premier système capable de stocker 1 péta-octet de données, c'est-à-dire encore 1 000 fois plus».

Où cela va-t-il s'arrêter? «Plus on agrandit les armoires, plus les gens ont des choses à y stocker», sourit Joe Tucci.

© La Libre Belgique 2006