Le constat tombe comme un camouflet : la Belgique est l’un des pays européens qui disposent de la moins bonne gouvernance dans leurs entreprises publiques. C’est du moins ce qu’affirme l’institut des administrateurs Guberna qui se base sur un rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). "On le voit avec la saga des nominations, dont certaines sont attendues depuis des années, ou celle de la limitation des rémunérations de top managers d’entreprise publique : la Belgique ne suit aucune logique et manque de transparence", explique la professeure Lutgart Van den Berghe qui organisait hier une table ronde sur le sujet.

D’après Guberna, notre pays a raté un tournant, celui du rapport de l’OCDE de 2005 qui expliquait clairement comment un Etat devait organiser ses participations dans des entreprises. "La plupart des pays européens ont fortement avancé sur le sujet, tandis que nous avons fait du surplace. La Belgique n’a jamais fait une priorité de cette bonne gouvernance." La professeure explique cette inertie par la complexité de notre pays, mais aussi par "des facteurs historiques et culturels". "Les Scandinaves sont, par exemple, prêts à investir dans des organes publics qui coûtent cher, mais qui rapportent aussi énormément." Reste que des pays proches, comme la France, sont dorénavant cités comme modèle en la matière.

En fait, tout part mal pour la Belgique dès les prémisses du rapport de l’OCDE : notre pays n’arrive à se placer dans aucun modèle proposé par l’organisme international. Pour simplifier, soit les Etats décident que toutes leurs participations dépendent d’un ministère ou d’une agence (comme en France avec l’APE), soit que ses participations relèvent de différents ministères en fonction du secteur de l’entreprise (modèle scandinave). Différents pays, comme la Hongrie ou l’Espagne, ont aussi clairement distingué les entités où l’Etat était actionnaire majoritaire, où l’activité était devenue davantage commerciale que publique, etc. ... "Bref, il y a une logique de responsabilité ce qui permet aux différentes entreprises d’être beaucoup plus performantes et gérées de manière plus transparente", poursuit Lutgart Van den Berghe.

"Melting pot" à la Belge

A côté de cette organisation, les participations belges ressemblent à un grand "melting pot", composé par différents accidents de parcours. Comment expliquer ainsi que le ministre Jean-Pascal Labille (PS) se retrouve avec la tutelle d’une entreprise 100 % publique, comme Infrabel et une autre devenue "quasiment exclusivement commerciale" et cotée en Bourse comme Belgacom ? Belgocontrol est sous la tutelle d’un ministre, Belfius d’un autre "Il n’y a aucune logique. Si le gouvernement pense que cette organisation est plus efficace, qu’il le prouve", tance Lutgart Van den Berghe.

Le deuxième gros point rouge concerne les nominations du top management et des administrateurs dans ces entreprises. D’après Guberna, la Belgique est "très loin" des procédures de " sélection professionnelle et transparente" que recommande l’OCDE. "L’interventionnisme politique est omniprésent chez nous. On en est encore à se baser sur la clé D’hondt (NdlR : répartition des postes en fonction des partis). La carte politique compterait souvent davantage que les compétences. " Le danger est aussi que l’intérêt politique passe au-dessus de l’entreprise. Beaucoup de pays sont sortis de cette logique. Il faut réformer ce système au plus vite" , conclut Lutgart Van den Berghe.

PHOTO: Jean-Pascal Labille, ministre des Entreprises publiques et de la Coopération au Développement