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Entreprises & Start-up

Des orchidées dans votre jardin

Vincent Slits

Publié le - Mis à jour le

Jeune patron, Pascal Lambé (35 ans) va bientôt réaliser le pari un peu fou que certains n'hésitent pas à qualifier de première mondiale: des orchidées dans le jardin. Son histoire est celle d'un passionné. Après une licence en biologie végétale et un doctorat en biologie moléculaire, il intègre comme chercheur le laboratoire de culture in vitro de l'Université de Liège (ULg). «La culture in vitro qui permet de multiplier les plantes à l'infini est une technologie qui existe depuis une quinzaine d'années. Mais je me suis rendu compte à l'époque qu'il existait un grand nombre de plantes potentiellement intéressantes, mais pour lesquelles les techniques disponibles ne permettaient pas une culture in vitro», explique-t-il.

Il crée alors une ASBL, hébergée par le Laboratoire de Biologie Moléculaire et de Biotechnologie Végétale de l'ULg. Objet social: la mise au point de techniques permettant la production in vitro puis la commercialisation de végétaux rares présentant un intérêt écologique ou économique. Le rattachement à l'ULg et l'originalité de son projet lui permettent de décrocher à la fin des années 90 des financements complémentaires émanant notamment de la Région wallonne («First Spin-off»). Une manne bienvenue pour couvrir les coûts de recherche d'une technologie très sophistiquée.

Eclosion de Phytesia

Le 31 janvier 2003, Pascal Lambé franchit une étape supplémentaire et crée sa propre société: Phytesia. «Les orchidées sont notre première gamme de végétaux. Les orchidées d'origine tropicales sont des plantes d'intérieur et ne supportent pas nos latitudes. Nous avons adapté la technologie de la reproduction végétative in vitro à des variétés européenne et nord-américaine d'orchidées qui sont capables de supporter un climat tempéré», dit-il. Aujourd'hui, Phytesia vend de «jeunes plantes» (après un an de laboratoire, 2 ans en serre sont encore indispensables pour avoir l'orchidée en fleur) essentiellement à des professionnels: des horticulteurs, des grossistes, des sociétés.

Le chiffre des 60000 plantes devrait être atteint pour 2003. «En 2004, nous visons les 250000 plantes et le million d'ici 3 à 4 ans. Il y a une grosse demande en Belgique, mais nous avons aussi des clients en Grande-Bretagne, en Hollande et aux Etats-Unis où nous allons d'ailleurs participer en août à une foire commerciale à Portland (Oregon). A plus long terme, l'Asie présente d'importants débouchés. L'orchidée est une plante qui fait rêver et qui reste encore assez méconnue des particuliers. Nous avons en développement une dizaine de variétés d'orchidées. Notre objectif est d'ici deux ou trois ans de travailler sur une cinquantaine de variétés», ajoute Pascal Lambé.

Phytesia, qui occupe trois personnes, est encore une entreprise qui perd de l'argent, mais la rentabilité est attendue dès 2004 lorsque des produits actuellement en phase de développement pourront être commercialisés. Pour soutenir son essor, son capital de départ (245000 €), devrait bientôt être augmenté. «Nous allons engager un chercheur et un ouvrier de production à la fin de cette année. La société devrait compter une dizaine de personnes dans 3 ou 4 ans». Le chiffre d'affaires devrait passer de 50000 € à la fin 2003 à 1 million d'euros aux alentours de 2007. C'est le pari de Pascal Lambé.

La création de l'entreprise relève-t-elle du parcours du combattant? «La société est le fruit d'un long cheminement. Entre l'idée et la création de la société, 7 années se sont écoulées. Mais ce laps de temps tient aussi à la durée du développement de nos produits et à la complexité des technologies que nous utilisons. Le financement proprement dit n'a pas posé de gros problèmes grâce aux soutiens de l'ULg, de la Région wallonne et de fonds d'investissement comme Meusinvest. Nous avons préféré éviter les banquiers...», raconte le jeune patron. Et L'avenir? « Nous misons sur un certain nombre de végétaux en développement et qui pourraient s'avérer intéressantes pour l'industrie pharmaceutique », assure Pascal Lambé.

© La Libre Belgique 2003

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