On pourrait en sourire comme d’une séquence "Les patrons parlent aux patrons"... Le sondage du MR wallon ne manque pourtant pas d’intérêt. Six questions ont été posées, par Ipsos, auprès d’un échantillonnage (localisation et tailles de sociétés) de 510 patrons wallons, du 30 janvier au 9 février. Leurs réponses.

- Dans les 10 ans, 40 pc des fonctionnaires partiront à la retraite. Pour 57 pc des sondés (pointe de 63 en Brabant wallon), mieux vaut ne les remplacer que partiellement, avec dégagement de marges financières. L’autre terme de l’alternative (préserver ces emplois pour ne pas accroître le chômage) obtient 43 pc (46 dans le Hainaut). Le MR en profite pour rappeler ce qu’il appelle "la surpondération de l’emploi public" en Wallonie (38,6 pc du total des travailleurs salariés, contre 28,9 pc en Flandre).

- Faut-il limiter les allocations de chômage dans le temps ou les réduire, en améliorant l’accompagnement des chômeurs ? Ou garder des allocations à durée indéterminée, pour soutenir le pouvoir d’achat des publics fragilisés ? Pour la première solution, 71 pc de oui (jusqu’à 77 en Brabant wallon) - c’est la position la plus marquée de l’enquête. Pour la seconde, 29 pc des patrons sondés (33 dans le Hainaut).

- Est-il opportun de supprimer progressivement les provinces ? Oui à 63 pc (jusqu’à 69 en province de Liège et 71 en Brabant wallon, 67 dans les entreprises de plus de 50 personnes); non à 37 pc (42 en Hainaut et Namur/Luxembourg). "Assez tournicoté autour du problème" , commente le chef de groupe MR, Serge Kubla, qui naguère courut le risque d’être gouverneur brabançon...

- Quel type d’aides préférer ? Une diminution fiscale linéaire et automatique; ou, à effort public similaire, des subsides liés aux investissements ? La préférence à la diminution fiscale est nette : 70 pc (jusqu’à 75 en Hainaut), contre 30 pc (42 dans les entreprises de plus de 50 personnes). Ajoutons : en 2008, les aides à l’expansion (en gros, le second terme de la présente alternative) pesaient quelque 200 millions (sans diverses subventions énergie et recherche). Or, 200 millions représentent environ 10 pc de l’impôt des sociétés perçu en Wallonie. A budget équivalent, on pourrait donc remplacer les subventions par une réduction de 10 pc de l’Isoc... à condition que celui-ci soit régionalisé !

- Regrouper voire fusionner les réseaux officiels (communal, provincial, communautaire) améliorerait-il l’efficacité de l’enseignement ? Oui à 65 pc (jusqu’à 79 en Brabant wallon); non à 24 pc (28 pour Namur/Luxembourg). Ici seulement, il faut composer avec des sans-avis (11 pc).

- Sur laquelle de ces priorités le gouvernement wallon devrait-il réorienter ses moyens ? Les aides à l’emploi à 46 pc; la formation à 39 pc; les travaux publics à 14 pc. Dit ainsi, on s’éloigne fort du plan de relance de l’exécutif Demotte, qu’accaparent les travaux publics à 87 pc...

"Pas scotchés à Aernoudt"

Voilà qui devrait, s’engage M. Kubla, inspirer le programme électoral régional du MR : "Sur certains grands enjeux, il faut oser couper avec le ronron des petits aménagements." Et puis, prévient-il lui-même, "nous n’avons pas scotché nos questions sur Rudy Aernoudt". La fusion de l’officiel ou la dilution des provinces sont pourtant des thèmes de réflexion si récents, au MR, que l’irruption dans le paysage wallon de celui qui fut son chef de cabinet ne doit pas y être étrangère... "Les questions qu’il se pose, je me les pose aussi, même si je n’épouse pas son radicalisme sur tous les points."