De simples rumeurs pourtant aussitôt démenties sur l'exposition de la banque britannique Barclays à la crise du crédit immobilier à risque américain, ont suffi vendredi à faire baisser un peu le cours de l'euro et le prix du pétrole, témoignant de la nervosité actuelle sur ces marchés et de leur interaction. Barclays a soudain plongé de 9,1% vers 11H30 GMT vendredi, une chute suffisamment abrupte pour que la cotation du titre soit interrompue pendant cinq minutes.

Peu après cependant, un porte-parole de la banque a démenti "catégoriquement" les rumeurs dont cette chute était la conséquence, les déclarant "sans fondement". Non, Barclays ne s'apprêtait pas à annoncer une charge de 10 milliards de dollars liée à la crise du "subprime" américain, non, le directeur général John Varley et le président Bob Diamond (par ailleurs patron de Barclays Capital, la banque d'investissement du groupe) n'avaient pas démissionné, non, il n'était pas question d'une augmentation de capital en urgence pour combler de telles pertes.

Le porte-parole a renvoyé à un communiqué du 12 octobre, semblant montrer que Barclays Capital avait bien traversé la crise de l'été puisque "les bénéfices du mois de septembre ont été nettement plus élevés qu'en juillet et en août", et que l'activité devrait être "rentable pour le reste de l'année". Les analystes ont aussi noté que Barclays avait racheté jeudi pour 16 millions de livres (23 millions d'euros) de ses propres actions sur le marché, une opération de routine qu'elle n'aurait sans doute pas faite si sa situation était si périlleuse.

Mais quels que soient les faits, le marché continue à soupçonner la Britannique d'être une victime importante de la crise du "subprime" : Barclays Capital a été en effet un gros émetteur "d'obligations de dette collatéralisée", instrument financier complexe qui s'était fortement abreuvé de ces crédits à risque.

Cette crise de confiance a ainsi fait perdre à Barclays un tiers de sa valeur en Bourse depuis le début de la crise en août, et 20% rien que cette semaine, après la démission de Charles Prince, le PDG de la numéro un mondiale américaine Citigroup, consécutive à l'annonce de 8 à 11 milliards de dollars de dépréciations liées au "subprime".

Barclays a indiqué vendredi qu'elle n'avait pas l'intention de communiquer sur ses résultats avant la prochaine date prévue, le 27 novembre, faisant dire à un courtier que, dans le contexte actuel de soupçon généralisé, la banque "ne se faisait pas de bien en restant silencieuse si longtemps".

Les démentis de Barclays n'ont en effet que peu joué sur son cours puisque la banque perdait encore plus de 4% à 15H00 GMT. Surtout, la rumeur a rapidement contaminé les autres marchés. Sur celui des changes, l'euro, qui venait d'établir un nouveau record à 1,4752 dollar dans la foulée de ses records actuels, a battu en retraite en quelques minutes à 1,4665 dollar, une différence de près d'un cent assez notable sur ce marché. "On finissait par se dire en Europe que, tout compte fait, le +subprime+ est surtout un problème américain, et du coup cette rumeur sur Barclays a fait craindre que personne ne soit à l'abri", a expliqué Audrey Childe-Freeman de la banque canadienne CIBC.

Et comme le dollar faible fait se ruer les investisseurs sur le pétrole libellé en dollars, afflux de demande qui fait monter son prix, l'accès de faiblesse de l'euro a au contraire immédiatement pesé sur le cours du baril, passé à New York de 96,36 à 94,54 dollars, là aussi une chute notable. Il s'est ensuite nettement repris pour d'autres raisons. "Tout cela montre bien que les marchés sont en ce moment très nerveux" a conclu Mme Childe-Freeman.