Plutôt que de placer leur argent sur un compte d'épargne, pas mal d'investisseurs préfèrent acheter une sicav de trésorerie. Mais l'assèchement du marché du crédit consécutif à la crise du "subprime" (marché hypothécaire américain de mauvaise qualité) a eu pour effet de rendre certaines de ces sicav plus risquées qu'on aurait pu le croire.

"Fonds dynamites"

En France, la banque Oddo avait massivement investi dans des titres liés au "subprime" via certaines de ses sicav de trésorerie. Elle s'est ainsi retrouvée dans l'impossibilité de trouver des acquéreurs pour certains titres détenus par ces fonds. D'où sa décision exceptionnelle de fermer trois fonds communs de placement (FCP) de la catégorie "fonds et sicav monétaires dynamiques". BNP a aussi gelé ses fonds pendant trois semaines en août avant de les rouvrir.

Pour Colette Neuville, présidente d'Adam (Association de défense des actionnaires minoritaires), ces déboires posent le problème de l'information sur ces placements autrefois réputés sûrs et liquides. Vendredi dernier, elle a réclamé une enquête du gendarme français de la Bourse sur ce sujet, en se basant sur les anomalies dans l'information aux clients de la banque Oddo, dont certains placements de trésorerie restent partiellement bloqués depuis le 27 juillet.

"Si ces fonds ne peuvent vendre leurs actifs, c'est qu'ils ne sont pas liquides. Il n'y a donc aucune raison qu'ils affichent une valeur liquidative", dénonce Mme Neuville, en qualifiant ironiquement les fonds monétaires dynamiques de "fonds dynamites".

Gestion active

En Belgique, aucun indice ne laisse penser que l'une ou l'autre institution soit confrontée au même problème. Toutefois, il s'avère que certains fonds dits de trésorerie sont investis dans ce qu'on appelle des "asset backed securities" (ABS), c'est-à-dire des obligations derrière lesquelles on trouve des actifs du type crédit immobilier et qui n'ont pas la cote pour le moment.

C'est en particulier le cas de Petercam L Liquidity, sicav luxembourgeoise libellée en euros. Le rapport annuel 2006 indique que la part des "asset back securities" aux noms parfois totalement inconnus représentait près de 40 pc du total. Part qui a baissé ces derniers temps au profit du "floating rate notes" (papier dont les taux sont liés aux taux à court terme) émis par les banques ou les compagnies d'assurances.

Ne faut-il pas s'étonner de trouver dans cette sicav de trésorerie ce type de papier ? "C'est notre manière de gérer activement les fonds récoltés. Le cash placé auprès des banques ne représente que 20 pc du total. Nous faisons partie des gestionnaires les plus actifs", explique Johnny De Buysscher, administrateur délégué chez Petercam. Et de préciser aussi que contrairement à Oddo, le fonds n'est pas investi dans le créneau du "subprime" américain.

Volatilité élevée

Et puis, d'après lui, ce n'est pas la première fois que cette sicav est confrontée à ce genre de problème. "Nous avons été confrontés à une situation similaire en 1998 et 2002", explique-t-il. La tension sur le marché se traduit par une volatilité quatre fois supérieure à une période normale et une baisse de cours allant jusqu'à 2 pc. Ce qui, soit dit en passant, est important pour une sicav de trésorerie.

Mais d'après Johnny De Buysscher, tous les titres qui se retrouvent dans le fonds sont "négociables" et "cotés" tous les jours.

Ce qui est étonnant, c'est ce que ce type de sicav soit assorti d'un niveau de risque 0 (l'échelle établie par la CBFA va jusqu'à 6). "En général, la volatilité de ce genre de sicav est très basse", explique Johnny De Buysscher.

Il existe bien sûr d'autres fonds de trésorerie en grande partie investis en "asset backed securities" commercialisés en Belgique. Citons notamment Liquid Euro Premium émi par ING, qui est réservé aux investisseurs institutionnels.