Le secteur automobile émettait cependant jeudi des doutes quant à la faisabilité d'une telle mesure. Pour la Febiac, la fédération de l'automobile, il y a en effet encore d'importants obstacles sur la route. La fédération des concessionnaires automobiles Traxio renvoie, elle, vers l'Europe, où l'accent est mis sur 2030. Du côté du WWF, on trouve par contre la mesure envisagée "insuffisante". "Sur un parc d'environ 6 millions de voitures particulières, on compte 600.000 voitures de société, les plus écologiques de leur catégorie", pointe la Febiac. "Il est vrai qu'ils couvrent 20% du kilométrage total. Selon nos calculs, cela signifie qu'ils sont responsables de moins de 2% des émissions totales de CO2 dans ce pays", poursuit la fédération sectorielle.

Selon elle, il ne faut pas surestimer l'impact de la mesure envisagée. Avec la popularité du télétravail et des réunions à distance consécutive à la crise du coronavirus, le nombre de kilomètres parcourus devrait structurellement se réduire, prédit-elle.

"Il aurait peut-être été préférable d'aligner les plans belges sur ce qui se passe dans le reste de l'Europe, où le focus est plutôt mis sur 2030", réagit-on du côté de Traxio.

La conduite d'un véhicule électrique n'est pas encore réalisable pour tout le monde sur le plan pratique et financier, estime en outre la fédération du secteur de la mobilité, prenant l'exemple des personnes qui travaillent dans le secteur des soins à domicile, de celles qui vivent dans un environnement urbain ou qui sont logées dans une maison sans possibilités de recharge ou qui n'ont pas l'opportunité de recharger leur véhicule sur leur lieu de travail. Les options de recharge publique ne sont par ailleurs pas disponibles partout, constate Traxio.

Une voiture électrique n'est pas non plus toujours "LA" solution pour les personnes qui parcourent beaucoup de kilomètres à titre professionnel, relève encore cette organisation, qui espère dès lors que les véhicules hybrides rechargeables seront inclus dans le processus d'écologisation. Ils parcourent également des kilomètres sans émissions et peuvent compter sur le moteur à combustion s'il n'y a pas de point de recharge disponible.

En ce qui concerne les infrastructures de recharge, la Belgique est à la traîne par rapport aux Pays-Bas par exemple, analyse encore Traxio. Si la mesure devait être concrétisée, la fédération s'attend à ce que les Régions donnent des garanties solides qu'il y aura un réseau public de recharge et que les réseaux de distribution et la production d'électricité ne diminueront pas. "La politique actuelle dans ce domaine ne nous donne pas beaucoup d'optimisme", y déplore-t-on.

Aux yeux de Renta, la fédération belge des sociétés de location de véhicules, le gouvernement devra réfléchir attentivement à la mise en œuvre pratique de la mesure. "Si cette proposition s'appuie sur les propositions législatives faites dans le passé, elle rendra dans la pratique la conduite de voitures de société utilisant des combustibles fossiles si coûteuse pour les entreprises et pour leurs utilisateurs qu'ils seront obligés de passer à des véhicules électriques", pense cette organisation.

Si l'offre de modèles de voitures à émissions zéro abordables et/ou d'infrastructures de recharge est insuffisante, cela pourrait encourager les entreprises et les particuliers à continuer à conduire leurs véhicules plus longtemps, ce qui ne serait pas non plus bénéfique pour l'environnement, prévoit Renta. Dans le contexte économique actuel, cette fédération a du mal à s'imaginer que l'intention de ce gouvernement soit de mettre la classe ouvrière et les entreprises dans les difficultés.

Le son de cloche est en revanche diamétralement opposé du côté du Fonds mondial pour la nature (WWF), qui estime "insuffisante" cette volonté des négociateurs d'avoir des voitures de société nouvellement vendues zéro émission à partir de 2026. Cette échéance est trop tardive et il faut, de plus, s'attaquer rapidement aux coûts du carburant, dit l'organisation environnementale.

Pour elle, il faut en outre commencer à supprimer progressivement le régime d'avantages fiscaux pour les voitures de société en arrêtant immédiatement le remboursement des frais de carburant pour les trajets privés et en arrêtant les voitures-salaires au plus tard en 2030, en prêtant attention aux rémunérations des travailleurs qui les utilisent actuellement.

Toutes les voitures de société devraient être rendues neutres d'ici 2023 et il faut mettre fin au remboursement des subventions pour le diesel professionnel, conclut le WWF.