CORRESPONDANT EN ALLEMAGNE

Selon l'adage boursier «sell on good news», les acteurs de la place de Francfort ont réalisé leurs bénéfices en vendant les actions de la Deutsche Bank pourtant dopée par un résultat record. En fin de séance, jeudi, le titre a reculé de 1,56pc à 88,30 euros. Aussi méritoire soit-elle, l'explosion des bénéfices de la première banque allemande n'était plus une surprise. Quoi qu'elle fasse, la Deutsche réussit toujours à altérer les meilleures performances. Les «fours» qu'elle se paie sur le plan médiatique ne se comptent plus. Malmené il y a exactement un an pour avoir annoncé en même temps un objectif de rendement sur fonds propres de 25pc et le licenciement de 6500 personnes, le président Josef Ackermann a eu cette fois gain de cause: le ratio bénéficiaire a, en effet, grimpé d'un niveau de 16pc en 2004 à 26pc en 2005. De plus, l'an dernier les effectifs du groupe au plan mondial n'ont diminué que de 2000 à 63400. Et pour cette année le «Barbe bleue» du capitalisme allemand a même annoncé la création nette de 500 emplois en Allemagne. En principe, cela devrait faire taire ses nombreux détracteurs. Le manager suisse, qui bénéficie d'une excellente réputation hors d'Allemagne, a fièrement annoncé hier que le résultat avant impôt a progressé de 58 pc à 6,4 milliards d'euros en 2005, le bénéfice net grimpant de 53pc à 3,8 milliards. Le dividende doit passer de 1,70 euro à 2,50 euros. Le volume d'affaires a augmenté de 17pc à 25,6 milliards d'euros.

En décembre, la banque avait fait scandale en fermant provisoirement un fonds immobilier affaibli par des sorties de capitaux. Maintenant elle dit qu'elle est prête à dépenser 200 millions d'euros pour secourir les détenteurs de certificats lésés. Pourquoi ne pas l'avoir fait de suite? Le sort d'Ackermann se jouera en justice. En décembre, la Cour de justice fédérale avait annulé l'acquittement dont il avait bénéficié dans le procès Mannesmann et l'affaire sera jugée une nouvelle fois. «Si je suis condamné, je m'en irai sans indemnités», a-t-il assuré hier. Le soir avant la conférence de presse annuelle, le conseil de surveillance lui avait exprimé sa confiance en prolongeant son mandat de quatre ans jusqu'en 2010. «J'aimerais bien qu'on porte un jugement plus positif sur nous», a-t-il souhaité devant la presse. En vain.

© La Libre Belgique 2006