On dit de lui, en coulisses, que son futur départ (en août) de la direction de la branche belge de la Deutsche Bank est lié à un problème de produits financiers Lehman Brothers... Mais Yves Delacollette qui dirige encore la banque belge, avait programmé de longue date une période sabbatique qui devait marquer son entrée dans le monde des quinquagénaires heureux. L’an passé, au cours d’un entretien, il nous avait d’ailleurs confié ce projet, bien avant la faillite imprévisible de Lehman Brothers. "Si j’avais été mis sur la touche par la direction du groupe, j’aurais déjà été viré, et je n’aurai pas pu préparer mon successeur désigné, Alain Moreau" , synthétise-t-il.

Fortis Banque en vue ?

Quid de la suite des événements ? En tant que banquier ayant survécu à la crise financière, ne serait-il pas un candidat de choix pour le pilotage éventuel de Fortis Banque ? "Je suis toujours employé par Deutsche Bank , coupe-t-il à ce propos. La retraite temporaire en vue d’une orientation différente est la vraie réponse."

Que pense-t-il dès lors de l’évolution de ce dossier ? "A titre personnel, je pense qu’on ne devrait pas faire l’économie d’une présentation et d’une comparaison sérieuse des ambitions et des risques des différents scénarios qui sont sur la table pour Fortis. De cette façon, au moins, on pourrait réconcilier les parties et permettre au futur projet de démarrer sur les meilleures bases."

De meilleures bases pour un projet financier, aujourd’hui, alors que le FMI évoque des perspectives bien sombres pour le secteur ? "C’est vrai que la crise financière n’est pas terminée. Même s’il ne reste qu’une partie des bilans à purger, il faudra bien que cela sorte, et on ne sait ni comment ni quand..."

Aveuglement

Mais le secteur a compris maintenant ses errements ? "Je ne sais pas si ceci doit être "on" ou "off"... Mais je suis stupéfait des déclarations faites par les représentants du secteur bancaire à propos du rapport des experts requis par la commission parlementaire spéciale sur la crise financière en Belgique. On demande un maintien du cadre et des pratiques actuelles ! C’est incroyable. On est là dans un monde financier où certains imaginent que la crise qui touche le monde entier n’est qu’un incident passager, et que la disparition de certains gros acteurs du secteur n’est qu’une occasion de s’emparer sans coup férir de leurs parts de marché..."

Le monde bancaire doit donc changer de visage et de visages, sans doute ? "Sans doute. Mais il y a aujourd’hui au moins deux sortes de banquiers : ceux à qui l’on demande de partir, et ceux qui préfèrent changer de vie de leur propre chef. J’appartiens à la seconde catégorie."

P.V.C. et Ph.G.