Correspondant en Allemagne

La présentation, mardi, d’excellents résultats pour le deuxième trimestre n’a pu effacer le mauvais climat régnant à la Deutsche Bank. Une fois de plus, le conseil de surveillance de la plus grande banque allemande a en effet omis de mettre fin à la lutte que mènent en coulisses deux camps antagonistes.

A l’issue de sa réunion, le conseil de surveillance de l’établissement a publié deux brefs communiqués.

D’abord, dans l’affaire des détectives qui mine la réputation de la banque, le conseil a pris acte du rapport de la société Cleary Gottlieb Steen Hamilton, selon lequel "les méthodes douteuses auxquelles on a eu recours n’ont pas été cautionnées par des membres du conseil de surveillance ou du directoire". Le conseil "regrette" ces incidents et indique que des mesures internes ont été prises pour qu’ils ne se répètent plus.

Dans le second communiqué, le conseil a formellement prolongé de trois ans (jusqu’en 2013) le mandat du président du directoire Josef Ackermann.

Déjà en avril, ce banquier suisse âgé de 61 ans avait accepté une offre ad hoc du conseil de rester à la tête du directoire de Deutsche Bank. À l’époque, Josef Ackermann avait en fait renoncé à quitter la banque comme il en avait eu l’intention. Ce qui l’avait fait changer d’avis, c’était l’intention de Clemens Börsig, président du conseil de surveillance, de lui succéder Cette tentative de "putsch" avait, semble-t-il, tellement effrayé les collègues de M. Börsig qu’ils avaient demandé à Josef Ackermann de rester en place à Francfort.

Depuis lors, tout se passe comme si les camps Ackermann et Börsig alimentaient régulièrement la presse d’informations négatives sur l’adversaire. L’affaire des détectives divulguée en mai entrerait dans ce schéma d’opposition. La banque a été obligée d’admettre que, depuis 2001, elle avait fait appel, à plusieurs reprises, à des détectives pour surveiller des personnes indésirables. M. Börsig aurait ainsi fait surveiller l’actionnaire critique Michael Bohndorf, lequel chahute régulièrement les assemblées générales du groupe, pour savoir quels étaient ses contacts avec Leo Kirch, l’ex-mogul des médias allemands qui reproche à la Deutsche Bank d’avoir précipité la faillite de son empire. L’hebdomadaire "Der Spiegel" a écrit que pour discréditer M. Bohndorf, les détectives auraient fait appel aux services d’une dame brésilienne Quant à la "Süddeutsche Zeitung", elle reproche à la banque sa "folie des grandeurs et paranoïa".

Au moins, le premier établissement bancaire du pays a peu de soucis à se faire sur la marche de ses affaires. Au deuxième trimestre, la Deutsche Bank affiche un bénéfice net de 1,1 milliard d’euros, en hausse de 67 % par rapport à il y a un an. Déjà, au premier trimestre, la banque avait dégagé un excédent net de 1,2 milliard d’euros. Deutsche Bank n’a pas fait de pronostic précis pour 2009. Josef Ackermann, cité dans un communiqué, estime que la banque est bien armée pour faire face aux incertitudes. "Nous avons baissé nos coûts, réduit les risques dans notre bilan et renforcé notre position en matière de liquidités et de capital", a-t-il souligné.