CORRESPONDANT EN ALLEMAGNE

Un an et demi avant la fin du monopole du courrier expirant en décembre 2007 en Allemagne, Deutsche Post fourbit une stratégie internationale du courrier axée sur les grands marchés d'Outre-mer: Japon, Etats- Unis, Chine.

Le président Klaus Zumwinkel, qui a mené à bien la conversion de l'ex-administration publique en société anonyme en 1995 et l'introduction en Bourse cinq ans plus tard, ne fait plus obstruction contre la libéralisation complète du courrier sur le marché national. Il sait très bien que le gouvernement Merkel l'imposera, même si des pays comme la France devaient conserver le monopole au-delà de 2008. A coups de milliards, Zumwinkel a racheté des entreprises express (DHL), logistiques (Danzas, Exel) et des services financiers (Postbank). Le groupe s'appelant fièrement «Deutsche Post World Net» s'est émancipé de l'Etat fédéral : depuis l'été dernier, le grand actionnaire public a moins de 50 pc et il devrait vendre l'intégralité des parts en 2008.

Néanmoins, le monopole du courrier reste hautement rémunérateur. Ainsi, en 2005, la division courrier est entrée pour 28 pc dans le chiffre d'affaires total de 44,6 milliards d'euros, mais avec deux milliards, elle a accaparé pas moins de 65 pc du résultat opérationnel (Ebit) du groupe. Cette année et en 2007, l'excédent du courrier culminera encore à ce niveau élevé, mais avec l'arrivée de concurrents potentiels en 2008 il est possible que l'Ebit perde de 10 à 20 pc, a signalé le président le mois dernier à la conférence de presse annuelle. Le groupe croit qu'il perdra une part de 4 pc sur le marché allemand du courrier de 6 milliards d'euros, soit 250 millions; et comme les marges internationales sont moitié moins élevées, il devra, pour compenser ce recul national, progresser de 500 millions à l'étranger.

Joint-venture au Japon

En mars, Deutsche Post s'est attaqué au Japon, principal marché mondial après les Etats-Unis, en créant une joint venture avec Yamato, numéro deux local après la Poste japonaise qui sera, elle, privatisée à partir de 2007. Avec 13 milliards d'euros le marché japonais est deux fois plus important que l'allemand. «Seul celui qui entre le premier sur le marché et s'allie au plus grand, peut réussir», a déclaré Hans-Dieter Petram, chef de la division courrier de Deutsche Post, à un journal allemand.

Aux Etats-Unis, où le marché du courrier a un volume de 30 milliards d'euros, l'Allemand est aussi numéro deux avec un chiffre d'affaires encore modeste de 700 millions; il y atteint déjà un milliard, si l'on ajoute l'activité de Williams Lea, un spécialiste d'acheminement de documents britannique racheté par Deutsche Post en février. Williams Lea est aussi fortement implanté en Asie du Sud-Est et à Hong Kong, Shanghai et Pékin. Deutsche Post envisage aussi une coopération avec la Poste publique chinoise.

En Europe le géant allemand a préféré ne pas s'engager en Autriche, Belgique et au Danemark. Le chef du courrier explique qu'avec des volumes compris entre 1,2 et 1,5 milliard ces marchés postaux nationaux sont trop petits pour justifier de gros investissements; il voudra plutôt se concentrer sur des marchés d'agglomérations comme Vienne, Milan et les métropoles espagnoles.

© La Libre Belgique 2006