C’était un Jean-Luc Dehaene fidèle à sa réputation de bulldozer qui a présidé mercredi l’assemblée de Dexia. Aux questions parfois embarrassantes, que ce soit sur la politique de rémunération, sur les importants frais de consultance, sur les activités de Dexia Israël ou encore sur les pertes encaissées aux Etats-Unis via la filiale FSA, il a souvent répondu avec le côté rugueux qu’on lui connaît.

Le président du conseil fut interpellé par un membre du personnel et syndicaliste sur l’augmentation de la rémunération de la direction alors que 1 526 postes (1 200 ETP) ont été perdus en un an. "Les bonus pour le comité de direction sont un manque de respect total du personnel", a clamé Luigi Franco (Setca). Il a aussi repris un chiffre figurant dans un tract distribué par les syndicats avant l’assemblée selon lequel la "valeur d’un emploi" s’élèverait à 1 228,7 euros (soit 1,875 million de bonus divisé par le nombre de postes perdus) et à 524 euros pour le seul administrateur délégué.

A cela, Jean-Luc Dehaene a répondu que quand lui et le CEO Pierre Mariani étaient arrivés (en octobre 2008) à la tête de Dexia, le "groupe était confronté aux plus grandes difficultés". Le plan de transformation mis en place par le conseil d’administration a demandé "un effort et un engagement de l’ensemble du personnel, mais aussi du management". Il a aussi rappelé que la direction n’avait pas eu droit à des bonus en 2008. "Nous avons considéré que, compte tenu des résultats obtenus, il était normal de rétablir des bonus mais de façon modérée et conformément aux règles mondiales et en anticipant les règles légales en Belgique. Nous avons été parmi les premiers à accorder un bonus étalé sur trois ans et conditionné aux objectifs à atteindre", a répondu Jean-Luc Dehaene. Pas de quoi convaincre Luigi Franco, qui a souligné que Baudouin Prot, le patron de BNP Paribas, a droit "à une rémunération fixe inférieure à celle de notre CEO".

Le syndicaliste a aussi demandé quel était le montant précis perçu par le consultant Bain (dont il se raconte qu’il fait la pluie et le beau temps chez Dexia et dont certains représentants sont proches de Pierre Mariani).

Jean-Luc Dehaene a précisé que les frais de consultance avaient été de 161 millions d’euros en 2008, 124 millions en 2009 et seraient de l’ordre de 110 millions en 2010. Il a dit qu’il ne voyait "pas d’inconvénient" à préciser la part de Bain dans ce montant. "Je n’ai pas connu une banque dont la restructuration s’est faite sans l’aide d’un consultant extérieur. Il est sain d’avoir un éclairage extérieur."

Pierre Mariani a, lui, justifié le plan de restructuration (baptisé, de manière plus douce, "transformation"). "Je ne peux pas conduire ce groupe avec des dépenses de 2010 et des revenus de 2001. J’ai annoncé en novembre des réductions de coûts de 600 millions d’euros dont 360 millions sont déjà réalisés. La masse salariale constitue 70 % des coûts. Hélas, il a fallu réduire les effectifs. Je le regrette."

Beaucoup de questions ont aussi été posées sur les activités de Dexia Israël. Un actionnaire a regretté que cette institution finance des colons "qui sont souvent des assassins" et ne respecte pas dès lors le droit international. "Ma confiance en vous a disparu", a souligné cet actionnaire. Un autre a mis en doute l’affirmation de Jean-Luc Dehaene selon laquelle aucun engagement nouveau n’avait été pris vis-à-vis des colonies depuis 2008. "Si c’est du concret, on l’examinera", a rétorqué Jean-Luc Dehaene qui a refusé d’entamer une discussion politique. "Ici je ne fais pas de politique, mais le métier de banquier", a-t-il expliqué.

Alors que l’assemblée avait déjà commencé depuis longtemps, il y eut aussi un petit indicent quand plusieurs personnes se sont levées avec une banderole. Mais les services de l’ordre ne leur ont pas laissé le temps de la déployer complètement, empêchant l’assemblée de voir le message.

Enfin, plusieurs questions écrites avaient été transmises à propos de la filiale américaine FSA. Pierre Mariana a expliqué que la cession à Assured Guaranty avait engendré une perte d’environ 1,5 milliard. D’après lui, les pertes économiques sur le portefeuille de produits financiers de FSA conservées par Dexia devraient être "très inférieures" aux provisions de 2,4 milliards d’euros.