Toute l'agitation autour de Fortis a un peu placé dans l'ombre le dossier Dexia. Et pourtant, les réflexions vont bon train sur l'avenir du groupe bancaire franco-belge. Une des pistes sérieusement étudiées serait une alliance avec la Banque de la Poste française, selon des sources proches du dossier.

Une telle alliance permettrait de résoudre un des problèmes fondamentaux de Dexia, à savoir un financement fortement dépendant du marché interbancaire. Un marché qui, crise du subprime oblige, s'est totalement asséché.

Toutefois, pour le moment, on n'en est qu'au stade des réflexions préliminaires qui n'ont pas été examinées par le conseil d'administration - dont la prochaine réunion est normalement prévue fin janvier 2009. Il n'est donc pas encore question de montage précis ni forcément de soutien politique. Même si tout laisse penser que les Français y verraient pas mal d'avantages.

Il faut savoir que, pour l'instant, une des grandes difficultés de Dexia, un groupe né en 1996 de la fusion entre le Crédit communal de Belgique et le Crédit local de France, est, compte tenu de l'assèchement du marché interbancaire, de trouver les liquidités (pas trop onéreuses) nécessaires à l'exercice de son métier de financement des collectivités locales. C'est essentiellement le Crédit local de France qui manque d'une base de dépôts solide contrairement à Dexia Belgique (ex-Crédit communal) et Dexia Luxembourg (ex-BIL). Les filiales ouvertes dans les autres pays doivent aussi se financer sur le marché interbancaire. Intenable dans le contexte actuel.

L'idée serait donc de trouver une formule où l'épargne abondante récoltée par la Banque de la Poste pourrait être allouée au financement des municipalités et autres institutions publiques. Cela se justifierait d'autant plus que la Banque de la Poste - contrôlée par l'Etat français - n'est pas autorisée à faire du crédit aux entreprises et cherche donc une allocation pour ses dépôts.

Déroute boursière

Un tel scénario serait-il avantageux pour les actionnaires, à commencer par les belges de référence (Holding communal, Ethias, Arcofin) ? Pourrait-on imaginer un scénario où chacun - donc les Belges d'un côté, les Français de l'autre - reprendrait ses billes ? C'est apparemment trop tôt pour le dire.

Ce qui est sûr c'est que Dexia reste très (trop) fragile, aux yeux des analystes. En témoigne la forte baisse du cours de bourse (en un an, il a perdu plus de 80 pc), à part mardi où il a connu un rebond technique avec une hausse de 18 pc. Lundi, l'action avait perdu 7 pc en raison de la révision à la baisse de la notation par l'agence Standard&Poor's. "La rareté de financement à bas coût et à long terme rongera la profitabilité à long terme des activités de financement public de Dexia, et remet en question la viabilité à long terme de cette activité", a souligné dans un communiqué un analyste de S&P.

Les jours précédents, l'action avait souffert d'une autre mauvaise nouvelle : son exposition sur les fonds du gestionnaire véreux Bernard Madoff.

Certains se demandent néanmoins si cette déroute boursière n'est pas aussi alimentée par le discours très négatif tenu par le nouveau CEO (Chief Executive Officer), le Français Pierre Mariani. Ce dernier n'hésite pas dire qu'il est arrivé à la tête d'une institution qui était au bord du gouffre.

© La Libre Belgique 2008