Un appel du pied. Voilà à quoi ressemble les déclarations de Pierre Richard, président du comité de direction du groupe franco-belge Dexia, au «Financial Times»: le patron français a, en effet, déclaré au quotidien britannique des affaires qu'un rapprochement avec la banque belge KBC «pourrait avoir du sens». Tout en ajoutant «qu'il n'y a pas de contacts entre les deux banques». Pierre Richard ajoute d'autres noms comme candidats «potentiels» à un rapprochement avec Dexia: les banques italiennes Sanpaolo IMI -on se souvient pourtant que les actionnaires belges de Dexia avaient refusé il y a un an de s'engager dans un tel projet, à l'époque soutenu par Pierre Richard- et Banca Intesa, la banque danoise Danske Bank, la banque britannique Standard Chartered et l'institution nordique Nordea (présent dans le nord de l'Europe en Finlande, Danemark, Suède et Norvège).

De son côté, la KBC a précisé qu'elle entendait poursuivre sa route en toute indépendance même si elle n'excluait pas des partenariats dans certains domaines.

Alors que faut-il penser de tout cela? Ces déclarations interviennent quelques semaines seulement après le refus du comité de direction et du conseil d'administration de Dexia de convoler avec Fortis. On s'en souvient, le groupe présidé par Maurice Lippens avait, fin septembre, proposé à Dexia un projet de rapprochement destiné à créer «une grande banque belge» susceptible de résister aux assauts de prédateurs étrangers. Mais Dexia avait refusé d'ouvrir le dossier, estimant que ce projet répondait davantage à la nécessité pour Fortis de régler ses propres problèmes -un actionnariat trop dispersé, une stratégie parfois jugée trop floue,...- qu'à un véritable projet industriel cohérent et porteur pour les deux institutions.

Visiblement, Dexia a donc tiré les enseignements de l'épisode Fortis. Soucieux de ne pas se faire forcer la main, Dexia a donc aujourd'hui à coeur d'examiner toutes les opportunités de croissance, en Belgique ou ailleurs, au moment où d'aucuns prédisent une nouvelle salve de fusions dans l'industrie bancaire. En clair, Dexia veut prendre son destin en main avant que d'autres n'y songent...

Les analystes financiers avaient déjà qualifié de «logique» un tel rapprochement entre Dexia et KBC. En raison des barrières culturelles et légales subsistant en Europe, une telle opération serait probablement plus facile à réaliser qu'un mariage transfrontalier. Mais, à ce stade, rien ne permet d'affirmer qu'il s'agit d'autre chose que d'un simple appel du pied. Sans suite?

© La Libre Belgique 2005