L'administrateur délégué de Dexia, le Français Pierre Mariani, a exprimé mercredi devant la Commission spéciale "crise bancaire" sa volonté de recentrer la banque en un groupe soudé et a remis en question, selon certains, le témoignage de son prédécesseur, le Belge Axel Miller. L'ex-président du conseil d'administration, Pierre Richard, n'aurait pas été plus tendre.

Axel Miller a été "débarqué" le 7 octobre dernier de la direction de Dexia à la demande expresse de Nicolas Sarkozy, pour y être remplacé par Pierre Mariani, un ancien directeur de cabinet du président français.

Le 6 mars dernier, devant la commission spéciale, Axel Miller avait regretté de n'être pas parvenu à intégrer les pôles (français et belge principalement) de Dexia, sous-entendant notamment que la gestion de FSA (la filiale américaine à produits toxiques) lui échappait en raison de la résistance française. Il avait également critiqué la CBFA qui, selon lui, ne l'avait pas assez secondé dans sa tâche.

Pierre Mariani, pour sa part, a été clair sur la "mauvaise gestion du passé et l'organisation interne", rapporte un parlementaire, qui fait valoir "l'approche de groupe" du successeur de M. Miller. "Si Axel Miller n'arrivait pas à gérer les 'baronnies', n'avait-il pas à s'effacer", s'interroge ce parlementaire, qui se dit "sceptique" sur le statut de victime qu'endosserait actuellement Axel Miller.

Un autre parlementaire dit n'être pas sûr qu'Axel Miller ait choisi la bonne méthode de management de la banque, malgré ses multiples tentatives de réforme. "Il existe tout de même des convergences" entre les deux hommes, et "l'on ne peut pas dire que leurs options sont aux antipodes, car M. Miller a dénoncé lui aussi la stratégie des produits structurés".

"Peut-être que M. Mariani a les possibilités aujourd'hui de faire davantage de choses, parce qu'il est en situation de crise", commente ce parlementaire, bien moins sévère à l'égard de l'ancien grand patron belge.

Dexia doit désormais réduire son portefeuille d'investissements et se focaliser à nouveau sur les gestions locales, aurait souligné Pierre Mariani devant les commissaires.

Le 6 mars, les ex-patrons de banque entendus devant la commission n'avaient pas présenté de mea culpa. A huis clos devant les députés et sénateurs, M. Mariani a en revanche fait part de ses regrets, et même de ses excuses envers les contribuables et les actionnaires, selon certaines sources.

Entendu dans la foulée, l'ancien président du conseil d'administration de Dexia, le Français Pierre Richard, a dressé un tableau des événements, sans remise en cause particulière de son action. "Personne n'a rien vu venir", aurait-il dit, confessant que le bancassureur avait vu trop grand. Lui aussi aurait remis en question le témoignage d'Axel Miller, qui "était d'accord avec la structure et a beau jeu de dire aujourd'hui qu'il souhaitait la réformer", rapporte un parlementaire.

Vendredi devait être la journée d'auditions des plusieurs personnalités internationales que la commission avait invitées. Finalement, seuls une représentante de la ministre française de l'Economie Christine Lagarde, un représentant de l'OCDE ainsi qu'Alexandre Lamfalussy, le président du comité chargé d'évaluer la structure financière du pays, ont répondu présents.

"Il fallait s'y attendre", commente le président de la Commission, Joseph George, évoquant les agendas de ces personnalités. Il se confirme par ailleurs que les experts disposeront sans doute d'une semaine supplémentaire pour remettre leurs recommandations, car il leur reste pas mal de travail et "les dernières auditions ont été particulièrement intéressantes", relève Joseph George.