Le groupe Dexia a désormais une sérieuse épine hors du pied : le plan de restructuration présenté à la Commission européenne a été approuvé par les services de la commissaire à la Concurrence Neelie Kroes, permettant à Dexia de tourner la page de ses égarements passés et de repartir sur des bases bien plus solides.

De quoi "clôturer une période d’incertitude" et "bâtir" le futur du groupe, selon Pierre Mariani, l’administrateur délégué du groupe, qui va donc se recentrer sur ses métiers de base dans son pré-carré "historique", à savoir la Belgique, la France et le Luxembourg. "Ce plan préserve nos métiers, les intérêts des collaborateurs et des actionnaires", a encore précisé le patron du groupe. En Belgique, rien ne change pour le client, que ce soit dans le réseau, pour la banque privée ou encore le financement des communes.

A l’instar des autres banques ayant bénéficié d’aides publiques pour garder la tête hors de l’eau au plus fort de la tempête de l’automne 2008, Dexia devait appliquer un régime minceur à sa structure, comme tel a été le cas pour le groupe ING ou encore KBC. La volonté des autorités européennes était d’éviter que ces aides publiques ne faussent la concurrence entre les acteurs bancaires et que ces mêmes groupes ne connaissent à l’avenir de nouvelles difficultés dues à leur taille.

La cure d’amaigrissement avait déjà débuté avec la vente, notamment, de sa filiale américaine de rehaussement de crédit FSA. La liste de vente de ses actifs va aussi comprendre ses activités de financement des collectivités locales en Italie (Crediop) et en Espagne (Sabadell), de même que ses activités bancaires en Slovaquie et d’assurances en Turquie. "Nous avons préservé ce qui fait le moteur de la rentabilité du groupe", a expliqué Pierre Mariani.

Dexia conserve par exemple les activités bancaires de sa filiale turque Denizbank, que Pierre Mariani ne voulait en aucun cas céder. La vente de Crediop et de Sabadell permet aussi à Dexia de résoudre plus facilement encore ses problèmes de liquidités : en Italie, par exemple, les dépôts étaient insuffisants pour financer les activités de Crediop. "Cela nous arrange bien de vendre" ces deux filiales, a d’ailleurs reconnu Jean-Luc Dehaene, président du conseil d’administration.

D’ici la fin de 2014, le groupe Dexia aura donc réduit son bilan de 35% par rapport à la fin de l’année 2008, quand la crise avait fondu sur le groupe, l’obligeant à tendre la main aux pouvoirs publics.

Ce soutien sera bientôt, et plus vite que prévu, de l’histoire ancienne. "Une sortie complète des systèmes de garantie publique est prévue pour fin juin", a précisé Pierre Mariani.

Voilà donc Dexia, "plus fort pour affronter les défis" sur son "marché coeur", dixit Pierre Mariani. Pour cela, Dexia va continuer à diminuer son profil de risque et à améliorer la structure de financement. Pour la fin 2014, la dette à court terme devrait être inférieure à 10% du total de l’endettement. De quoi voir venir...

L’un de ses défis est de faire croître ses activités traditionnelles, comme le financement des collectivités locales. Le groupe Dexia devra jouer un peu plus la transparence en France, selon des engagements pris auprès de la Commission européenne.

Des collectivités sans doute heureuses d’apprendre que Dexia pourrait reprendre le paiement d’un dividende dès cette année, pour l’exercice 2009, donc. Rien n’est encore décidé formellement, a tenu à souligner Jean-Luc Dehaene.

Mais Dexia a réussi à négocier cette possibilité avec les services de la commissaire Neelie Kroes. En principe, un groupe ayant bénéficié d’aides publiques ne veut verser de dividende pendant deux ans, donc en 2009 et en 2010 pour Dexia. Cette interdiction ne concerne toutefois que le dividende en cash. Dexia peut, dès lors, accorder un dividende, via des actions. "Nous en avons la possibilité, a relevé Pierre Mariani. Il n’y a pas de décision sur le montant." Le tout dépendra des résultats de l’année 2009.

Dexia voulait un accord avec la commissaire Kroes avant qu’elle ne cède le témoin de la Concurrence, en début de semaine prochaine. C’est donc chose faite. Il appartiendra au successeur de Neelie Kroes, face à laquelle Dexia a dû faire preuve de beaucoup de "ténacité" pour défendre ses intérêts, de l’entériner formellement.