Carlo Di Antonio (CDH) est le ministre wallon de l’Agriculture. Avec la nouvelle réforme de l’Etat, la Région va devenir le niveau de pouvoir responsable pour les baux à ferme. Il donne ses conseils au futur gouvernement wallon à ce sujet.

Que doit faire en priorité le futur ministre wallon de l’Agriculture ?

La Wallonie va obtenir le pouvoir de légiférer dans ces matières, de modifier le cadre juridique des baux à ferme. Mais ce sera pour le prochain gouvernement. Néanmoins, je préconise à mon successeur d’essayer de régler les fortes divergences entre le prix des terres agricoles à l’achat et leur prix à la location. Aujourd’hui, en effet, la rentabilité des terres pour les propriétaires est insignifiante ! Celui qui met en location doit attendre un siècle avant de retrouver son investissement de départ… Cela n’incite pas à la mise à disposition de ces terres pour de la production agricole.

D’où vient ce déséquilibre ?

Les loyers n’ont pas beaucoup bougé, ils sont restés assez normaux. Par contre, le prix d’achat des terres a été multiplié par deux, par trois, par quatre… Avant, on avait une rentabilité de 1 à 2 % pour celui qui investissait dans des terres agricoles et les louait ensuite. Maintenant, en raison de la flambée des prix, la rentabilité n’est parfois plus que de 0,5 % ! La flambée à l’achat est notamment due au fait que beaucoup d’investisseurs veulent placer leur argent dans des terres mais pour de la spéculation sur le long terme. Par exemple, en vue de la création de zonings, etc. La propriété foncière est aussi de nos jours une valeur refuge vu la faiblesse des taux d’intérêt.

S’il fallait modifier le cadre légal des baux à ferme, que faudrait-il faire en priorité en Wallonie ?

Il faut notamment régler le déséquilibre de rapport de force dans les relations entre les propriétaires et les agriculteurs-locataires qui exploitent les terres en raison de la possibilité pour l’exploitant en fin de carrière de conserver l’usage de ces terres. A l’avenir, il ne faudra plus laisser en Wallonie un tel pouvoir, c’est malsain. Les dispositions actuelles donnent un pouvoir de pression aux agriculteurs sur les propriétaires terriens qui est beaucoup trop important. Avoir des agriculteurs de 85 ans qui ne libèrent pas les terres pour les jeunes qui veulent se lancer dans la profession est un vrai problème qui accentue les difficultés plus globales d’accès aux terres agricoles, à l’achat ou à la location.

Comment faire, concrètement ?

Deux choix s’offrent à nous. Soit on essaie de rendre les prix d’achat des terres agricoles plus accessibles pour les exploitants ou bien on essaie d’avoir de bons accords entre agriculteurs et propriétaires via des baux à ferme plus équilibrés et bien négociés. C’est cette dernière voie que je préconise car les exploitants ne doivent pas forcément devenir des propriétaires fonciers. Ils doivent plutôt conserver leur capital d’investissement pour les outils de production.

Faut-il vraiment attendre la régionalisation des baux avant d’agir dans ce secteur sensible ?

Cet été, le gouvernement a déjà fait passer en première lecture la création d’un organisme public régional destiné à jouer les intermédiaires entre les propriétaires terriens et les exploitants potentiels. Le dossier devrait passer au Parlement wallon en décembre ou en janvier prochain. En Wallonie, on a beaucoup de propriétaires qui préfèrent éviter de signer des baux à ferme car c’est notamment fort compliqué juridiquement. La Régie foncière wallonne gérera les baux pour le compte des propriétaires qui le souhaitent, qui ne devront donc plus gérer l’aspect contractuel des locations aux agriculteurs.