Libre Eco week-end

Instagram était autrefois un lieu de partage de photographies en tout genre. Après son acquisition par Facebook en 2012, il s’est transformé en une compétition pour obtenir le plus grand nombre possible de likes. Plus récemment, il est devenu essentiellement un centre commercial, avec des marques prêtes à tout pour être entendues à travers la cacophonie ambiante.

Un nouveau venu entend bien redistribuer les cartes : il s’agit de Dispo, un nouveau réseau social de partage de clichés instantané lancé le 19 février dernier. En moins d’une semaine, Dispo - contraction de DIgital diSPOsable camera (appareil photo numérique jetable) - est devenu la quatrième application la plus téléchargée sur l’App Store (pour iPhone uniquement) et a suscité l’intérêt des investisseurs. La société a levé quatre millions de dollars en octobre dernier, lors d’un cycle de financement d’amorçage dirigé par la firme du co-fondateur de Reddit, Alexis Ohanian. La semaine dernière, elle a levé vingt millions de dollars supplémentaires lors d’un financement de série A dirigé par Spark Capital, pour une valeur de 200 millions de dollars. En outre, des pourparlers sont en cours avec d’autres géants du capital-risque, dont Sequoia Capital, Andreessen Horowitz et Benchmark.

Le cas de Dispo se distingue par le fait qu’il n’offre pas plus de fonctions qu’Instagram. Au contraire, il limite ses possibilités en matière d’édition et de publication, dans un concept qui peut être défini comme un "retour aux sources". Son concepteur, David Dobrik, a remarqué que ses amis aimaient apporter des appareils photo jetables aux fêtes, développer les photos et les partager ensuite. Sur Dispo, les utilisateurs peuvent envoyer des photos à leur propre bibliothèque ou les ajouter aux "listes communautaires", où se déroulent la plupart des interactions sociales. Tout le monde peut créer une liste communautaire et y ajouter des membres, et tout le monde peut suivre une liste communautaire (sans pour autant suivre quiconque).

Inspiré par la nostalgie des caméras analogiques, Dispo ne permet pas de cadrer les photos, de les éditer ou d’ajouter des filtres, une légende… Par ailleurs, les photos ne peuvent même pas être publiées instantanément, n’étant "révélées" qu’à 9 heures du matin le lendemain de leur prise de vue, une attente qui simule le procédé de développement de photographies disparu avec l’ère du numérique.

Lors d’une interview au New York Times, David Dobrik a expliqué qu’il avait volontairement limité les options, l’objectif étant de rapprocher l’utilisateur de l’expérience du maniement d’un appareil photo jetable. Et c’est sans doute ce qui l’aide à se démarquer dans un marché sursaturé d’applications de réseautage social. Dispo est disponible sur l’App Store mais vous devrez disposer au préalable d’une invitation avant de pouvoir l’utiliser.