Le nouveau directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, cherche à profiter de la crise financière pour tenter de remettre au centre du jeu mondial cette institution vieillissante et décriée. "Le FMI est de retour", a lancé jeudi l'ancien ministre français des Finances, en réponse à la polémique suscitée par les prévisions - jugées excessivement pessimistes par nombre de capitales - de l'institution.

"Aucune autre institution que le FMI n'est susceptible de travailler sur les liens entre le secteur financier et l'économie réelle", a jugé l'ancien ministre socialiste, qui présidait pour la première fois ce week-end l'assemblée semestrielle du Fonds, à Washington. "Or c'est bien de cela qu'il est question aujourd'hui", a-t-il dit, en peignant le sombre tableau d'une économie mondiale prise entre "le gel" de la croissance et "le feu" de l'inflation. "La crise des subprime et ses conséquences constituent évidemment une crise mondiale", a-t-il expliqué: "nous avons besoin de plus en plus de surveillance multilatérale".

Mais pour assurer pareille mission, le Fonds doit convaincre qu'il jouit d'une autorité suffisante. Aussi le successeur de Rodrigo Rato a-t-il voulu persuader que la réforme des instances de gouvernance du fonds était désormais derrière lui. Et qu'elle était un succès. "Le conseil d'administration devait régler cette question et il l'a réglée", a-t-il dit, en référence au projet de transférer un bloc de droits de vote fixé à 2,7 point de pourcentage des pays du Nord (57,9%) et les pays du Sud (42,1%). Assorti à la vente de 400 tonnes d'or et la suppression de 380 emplois, ce compromis résout l'essentiel d'une équation posée il y a plus de deux ans pour sortir l'institution des mains des pays riches, et du déficit.

A cet égard, la crise est plutôt une heureuse coïncidence, a souligné samedi Tommaso Padoa-Schioppa, le directeur du Comité monétaire et financier international (CMFI), l'instance politique du Fonds. "La gravité de la crise que nous connaissons a probablement contribué à mobiliser les esprits sur la nécessité de réformer le Fonds et de trouver un accord s'agissant de la représentation" de ses membres, a-t-il expliqué.

Même s'il a de bonnes chances d'être approuvé individuellement par 85% des 185 Etats membres, ce projet de réforme est critiqué par plusieurs experts et organisations spécialisée dans le développement. "Les pays industrialisés du G8 disposent encore à eux seuls de près de la moitié des quotes-parts dans les deux institutions, souligne Sébastien Fourmy, de l'organisation non-gouvernementale Oxfam. Le ministre argentin de l'Economie, Martin Lousteau, juge également que le projet de réforme des droits de vote est un premier pas "vraiment modeste" vers une plus grande représentation des pays du Sud. "Sans un engagement politique ferme (...), cette réforme aura la vie courte", selon lui.

Pour rassurer les sceptiques, M. Strauss-Kahn a promis que même si le projet de double-majorité qu'il avait défendu pendant sa campagne n'avait pas été retenu, il s'y plierait dans ses prises de décision: "moi, je fais comme si", a-t-il dit sur France 24.

Et l'instance politique du Fonds a ouvert la porte à des aménagements, samedi. "Le Comité attend un travail supplémentaire du conseil d'administration sur les points de la nouvelle formule de quotas qui pourraient être améliorés avant que la formule ne soit utilisée de nouveau", indique le communiqué final du CMFI.