500 millions de cibles volontaires

Mark Zuckerberg a changé le monde à sa façon. Du fond de sa chambre d’étudiant à Harvard (quand même !), en février 2004, il a créé un réseau social sur Internet en lui donnant des caractéristiques qui séduisent immédiatement un grand nombre d’étudiants. Un modèle sympa, gratuit, mais basé sur une analyse en profondeur des comportements humains.

Une analyse intuitive réalisée par un gamin pour de futurs adultes, en fonction de ce qui les touche vraiment. D’où un succès qui permet à Facebook de gagner des parts de marché, auprès d’un public de plus en plus large, sur les autres interfaces comparables. De là à imaginer une commercialisation publicitaire des espaces proposés aux membres de ce qui n’est finalement qu’un site Internet, il n’y avait qu’un pas. Il fallait aussi des fonds pour accélérer le mouvement d’expansion : ils auraient été fournis par des venture capitalists rameutés par Sean Parker, cofondateur de Napster, si l’on en croit la bio réalisée par David Fincher.

Quoi qu’il en soit, en 2007, le géant Microsoft débourse 240 millions de dollars pour 1,7 % de cette société non cotée, ce qui la valorise à 15 milliards de dollars. L’intérêt ? Placer de la pub Internet particulièrement bien ciblée, basée sur les infos relatives aux membres. Entre-temps, le nombre d’utilisateurs a été multiplié par 5 ou 6 pour atteindre tout récemment un demi-milliard.

La société - qui emploie un millier de personnes - rachète des brevets à tour de bras. On évoque une introduction en Bourse dans un an ou deux à au moins 33 milliards de dollars.

L’homme qui tue des CD

En 1999, les amateurs d’Internet découvrent un "service" (pas un site) permettant de télécharger très rapidement des morceaux de musique numérisés (MP3) situés sur les ordinateurs d’autres utilisateurs partout dans le monde.

Il s’agit de Napster, précurseur de la révolution P2P (peer to peer), créé lorsqu’il avait 19 ans par Shawn Fanning. Celui-ci suivait encore les cours à la Northeastern University à Boston, avec, à ses côtés, un certain Sean Parker qui quittera le navire avant de s’embarquer dans bien d’autres aventures. Notamment, comme le révèle le film consacré à Mark Zuckerberg, dans celle de FaceBook.

Le site qui n’aura finalement vécu qu’un an sous sa forme initiale, impose la révolution numérique aux majors de la musique et aux standards de stockage comme le CD ou, plus tard, le DVD.

Au fil du temps, après des déboires judiciaires relatifs à la violation des droits d’auteur, Shawn Fanning finit par rentrer dans le rang et vendre sagement de la musique en ligne. Il a ouvert largement la porte à Apple qui exploite désormais le plus grand magasin de musique en ligne, et bientôt de vidéo à la demande. Le jeune informaticien a bouleversé le mode de fonctionnement d’une industrie qui brassait des milliards de dollars.

L’ordre dans le chaos

Comment mettre de l’ordre dans le magma d’informations que représente l’Internet ? Larry Page et Sergei Brin ont trouvé la clé de l’énigme dans un exercice où beaucoup d’autres ont échoué. Les deux étudiants de Stanford ont puisé leur inspiration dans les mœurs du monde académique où tout travail scientifique digne de ce nom doit s’appuyer sur un solide réseau de citations bibliographiques pour être validé par la communauté des chercheurs.

Par analogie, Page et Brin analysent le maillage des liens hypertexte qui structure la Toile, et se rendent compte que certaines pages "attirent" davantage de liens entrants que d’autres, car les internautes les jugent plus utiles ou plus pertinentes. Sur ce constat, ils conçoivent un algorithme, le PageRank, qui hiérarchise le contenu de l’Internet de façon beaucoup plus efficace que les autres moteurs de recherche.

Google est né et va changer notre façon d’accéder à l’information. Vidéos, images, cartes géographiques, shopping, messagerie électronique

Rien n’échappe à cette société californienne qui a construit sa prospérité sur un modèle économique aussi simple que redoutable : donner libre accès à son cœur de métier (organiser toute l’information disponible sur la planète) et monétiser l’attention du consommateur par un système publicitaire basé uniquement sur le clic et la performance. Mais comment se battre contre une telle machine de guerre qui distribue gratuitement ses produits, mais engendre pourtant des milliards de dollars de bénéfice ? Voilà une autre énigme où la concurrence, Microsoft en tête, cherche encore la solution

La pomme sans les pépins

Tyrannique, arrogant, malade du contrôle, mais génial : la personnalité de Steve Jobs peut se résumer par ces quatre qualificatifs. Cofondateur d’Apple avec Steve Wozniak en 1976 (voir aussi l’infographie en pp. 4-5), l’homme a inventé les premières machines qui ont ouvert la voie à la micro-informatique moderne.

Evincé d’Apple en 1985, il crée ensuite NeXT, société constructrice d’ordinateurs pour le secteur éducatif, et rachète à George Lucas un obscur studio d’animation spécialisé dans la technologie balbutiante des images de synthèse. Baptisée Pixar, cette équipe engendrera Toy Story, Cars, Nemo et bouleversera le monde de l’animation avec ses blockbusters à répétition.

Entre-temps, l’enfant chéri est revenu au bercail pour sauver un Apple moribond. Steve Jobs commence par sortir l’iMac, premier ordinateur au look de jouet, puis enchaîne avec l’iPod, le fameux baladeur numérique devenu aujourd’hui une véritable icône culturelle. L’iPod est aussi la pierre angulaire de la vision stratégique que nourrit Jobs à plus long terme : transformer Apple en une gigantesque plate-forme, fermée mais monétisable, à laquelle les consommateurs peuvent connecter leurs terminaux (estampillés Apple, bien entendu) pour télécharger tous les types de contenus possibles (musique, films, applications ). Dix ans plus tard, le pari a été relevé avec brio et trouve aujourd’hui son achèvement avec l’iPhone et l’iPad.

Prochaine cible du patron de la marque à la pomme : l’univers de la télévision et la gigantesque manne financière qu’elle représente. Les acteurs phares de l’audiovisuel craignent cependant de connaître le même sort que celui subi par l’industrie musicale : développer une dépendance économique à Apple et à l’extraordinaire écosystème imaginé par son patron.

Navigateur, mais pas solitaire

En 1993, l’Internet est un obscur objet réservé à une élite technophile. Le visage du réseau change lorsque Marc Andreessen crée Mosaic, premier navigateur qui permet d’explorer le Web en mode graphique et qui ouvre l’Internet à des millions d’utilisateurs.

Conscient du potentiel commercial de son logiciel, Andreessen fonde avec Jim Clarke la société Netscape qui transmettra aussi son nom au navigateur.

En 1995, Netscape est introduit sur le Nasdaq américain. Cette mise en Bourse, icône de la "nouvelle économie" naissante, marque le début de la première bulle Internet qui finira par exploser en 2000.

Entre-temps, Netscape a été écrasé par Microsoft qui, voyant la menace arriver, décide d’incorporer son navigateur Internet Explorer au système d’exploitation Windows. Une combinaison qui sera fatale à la jeune entreprise.