S’il n’est pas convenable de se réjouir du malheur des autres, il faut reconnaître que la déconfiture du groupe Optima satisfait pas mal d’acteurs au sein du secteur financier belge. Un secteur qui dénonce aujourd’hui l’attitude de "cow-boy" de ce groupe depuis 25 ans et dont les services ont dénaturé la profession de planificateur financier. "En lançant en 1991 le concept de planificateur financier, Jeroen Piqueur a eu une bonne idée. Cependant, ce concept a vite évolué vers des conseils très ciblés au profit des intérêts du groupe. En effet, les clients se voyaient conseiller des investissements dans des promotions immobilières ou des produits d’assurance dans lesquels le groupe avait des intérêts. Nous sommes contents que les régulateurs fassent le ménage", estime ainsi un acteur dans ce secteur.

Un frigo aux Esquimaux

Le groupe vient, en effet, de se voir retirer sa licence bancaire acquise en 2011 (lire ici) grâce au rachat de la filiale bancaire du groupe Ethias. De plus, il ne peut plus exercer ses activités en tant que courtier en assurances car la FSMA vient de lui enlever son agrément. Mais comment en est-on arrivé là ? Jeroen Piqueur est un vendeur hors pair qui séduit les classes nouvellement enrichies et qui sont délaissées par les banquiers privés traditionnels. "Il savait convaincre et il aurait vendu un frigo à un Esquimau", nous confie un observateur. Il est vrai que la mécanique était bien rodée. Un call center balayait les régions du pays de façon systématique. "Ils appelaient, par exemple, tous les médecins de Roulers ou tous les riches bouchers de la région de Courtrai. La clientèle ciblée était surtout les nouveaux riches qui ne s’y connaissaient pas bien en finance. Il fallait aussi qu’ils aient des sommes suffisantes en liquidités pour pouvoir investir dans des projets immobiliers dans lesquels le groupe avait des intérêts", nous explique un de nos interlocuteurs.

Une fois la proie ferrée, un représentant arrive chez le client potentiel. BMW rutilante, costume brillant, cheveux gominés et montre clinquante, tout l’attirail bling-bling est étalé pour impressionner le client lui-même nouveau riche. "Lorsqu’il s’installe à Waterloo, Jeroen Piqueur tient à avoir son adresse sur la prestigieuse Drève de Richelle auprès de sociétés aux noms connus. Rolls-Royce, yacht, promotion du tournoi de tennis des vétérans au Zoute, sponsoring du joueur de tennis David Goffin, voyages luxueux pour les membres du personnel, le train de vie n’était plus soutenable et il y aurait eu confusion entre les frais personnels et les frais de la société", entend-on dans les milieux proches de l’affaire. Pour rappel, le parquet de Gand a été saisi au pénal. Des personnes influentes sont invitées dans les organes de décision permettant à Jeroen Piqueur d’actionner des leviers au niveau politique dans l’aile socialiste de la classe politique flamande.

Quelques signes annonciateurs ont cependant révélé des fêlures dans cet édifice. En 2012, l’Isi débarque dans les locaux du groupe. En 2014, la banque revend ses activités de crédits à Delta Lloyd Bank.

Culture d’entreprise à l’américaine

Récemment, le groupe a connu un exode parmi les membres de son personnel. Un des anciens membres du personnel du groupe parle d’un manque d’éthique et de morale dans la conduite des affaires d’Optima. "Nous étions embrigadés dans une culture d’entreprise à l’américaine tant dans la vente que dans les objectifs à atteindre. Nous organisions des conférences pour des associations professionnelles et nous savions que sous le couvert de conseil indépendant, nous allions devoir vendre des produits en fonction des commissions qu’ils allaient rapporter au groupe. Nous avions l’impression de mentir aux gens qui avaient économisé à la sueur de leur front", nous confie cet ancien employé du groupe qui a souhaité garder l’anonymat. Optima aurait aussi eu recours, dit-on, à des méthodes discutables vis-à-vis de certains membres du personnel sur le départ ou qui ont quitté l’entreprise. Un témoin parle même d’écoutes téléphoniques, voire de filatures par des détectives privés…

Cette grandeur et décadence illustre une fois de plus que tout ce qui brille n’est pas d’or et que la vigilance doit être au rendez-vous en matière de placement et de conseil en investissement.  


Le Fonds de garantie entre en action

Indemnisation. Ce vendredi, la faillite du groupe Optima n’a pas été prononcée par le tribunal de commerce de Gand. Mais on a appris hier que la Banque nationale de Belgique (BNB), en sa qualité de contrôleur du secteur bancaire, avait informé le Fonds de garantie pour les services financiers qu’Optima n’était pas en mesure "de restituer les dépôts de ses clients (NdlR: évalués à 90 millions d’euros) et que cet établissement n’a pas de perspective rapprochée de pouvoir le faire". Dès lors, le Fonds de garantie est donc chargé de rembourser les dépôts couverts des clients d’Optima Banque. Les clients devraient être remboursés dans un délai maximum de 20 jours ouvrables et à hauteur d’un montant maximum de 100 000 euros par client. Le Fonds précisait vendredi sur son site disposer "des moyens financiers suffisants pour rembourser tous les clients concernés". Renseignements : www.myminfin.be