A l'ombre des arbres d'un parc poussiéreux d'Athènes, un débat acharné fait rage: est-il mieux de voter non au référendum de dimanche et de libérer la Grèce de ses créanciers ou dire oui à l'Europe?

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a appelé les gens à voter contre les dernières propositions de l'Union européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, jugeant "humiliantes" les mesures d'austérité proposées.

A trois jours du référendum, des affiches orange frappées du mot "OXI" (non en grec) en lettres noires sont apparues dans les rues tandis que des groupes de jeunes se sont postés devant les cafés de la capitale pour distribuer des tracts appelant à défier les créanciers.

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Mais depuis que le gouvernement a imposé un contrôle des capitaux bancaires pour éviter l'effondrement des banques, limitant les retraits - massifs le week-end dernier - à 60 euros par jour depuis lundi, la colère a commencé à gronder. "J'allais voter non parce que je pense que le peuple grec a été traité avec mépris. Mais Tsipras a rendu la situation bien pire, c'est de sa faute si les banques sont fermées", estime Suzanna Alizoti, 32 ans.

Les Grecs continuent à patienter devant les distributeurs qui fonctionnent pour retirer leur quota quotidien. "J'ai travaillé dur, fait des efforts pour économiser, et j'aide mes parents grâce à mes économies. Et maintenant je ne peux pas avoir accès à mon argent? Nous avons besoin de nouveaux emplois, de nouveaux investissements, pas de davantage de chaos", explique Suzanna Alizoti.

Sur quoi porte le référendum? A-t-il même un intérêt, le programme d'aide ayant expiré mardi? La confusion règne parmi les électeurs. Beaucoup pensent, comme les chefs d'Etats européens, qu'il s'agit de savoir si oui ou non, la Grèce veut rester dans l'eurozone. Mais le gouvernement grec répète qu'il s'agit d'approuver ou de rejeter les douloureuses mesures d'austérité exigées par les créanciers.

"C'est une question totalement stupide qui est posée aux Grecs", considère Georgiadis Aris, qui assure avoir plusieurs amis ayant finalement décidé de voter oui, pour se débarrasser de Tsipras, "de plus en plus imprévisible". S'il anticipe une victoire du camp du oui, "c'est seulement une victoire marginale, des jours difficiles nous attendent", redoute cet avocat.

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"Jusqu'à présent c'est seulement les banques mais il y a une razzia sur les supermarchés, l'essence commence à manquer", affirme Georgiadis, même si tout cela restait à prouver jeudi, "ça pourrait conduire à des émeutes, au chaos, même à un coup d'Etat, comme celui de la junte militaire qui a pris le pouvoir en 1967".

Alors qu'il choisit des abricots et des cerises à l'étal d'un vendeur, Petros Eliopoulos, fonctionnaire, explique qu'il gardera un oeil sur les pronostics des bookmakers qui pour l'instant misent sur une victoire du oui. Le contrôle bancaire a fait chuter le nombre de personnes souhaitant voter non de 57% à 46%, selon un sondage paru mercredi.

Dans le quartier chic de Kolonaki, parmi les habitants sirotant leur Frappuccino, le oui est clairement en tête. Mais à Exarchia, le bastion anarchiste, des étudiants qui partagent quelques bières à la mi-journée espèrent changer le destin de la Grèce avec un non.

"Tout ce qui préoccupe les créanciers, c'est de récupérer leur argent, ils nous étouffent", peste Elizabeth Markos, une étudiante en philosophie aux cheveux teints au henné et au jean déchiré. "Si nous ne nous libérons pas nous-mêmes, ce seront les retraités, les pauvres, les étudiants qui paieront, et il n'y aura pas de futur pour la Grèce".


Anti et pro-Europe dans la rue, en vue du référendum

Des milliers de soutiens du parti communiste (KKE), 6.000 selon la police, ont manifesté dans le centre d'Athènes jeudi soir, le parti appelant à s'opposer au gouvernement en votant nul au référendum de dimanche.

Le secrétaire général du parti communiste grec, Dimitris Koutsoumbas, dont les partisans agitaient des drapeaux rouges place Syntagma, devant le Parlement, a déclaré qu'il distribuerait des bulletins non officiels à glisser dans l'enveloppe dimanche à ses partisans, ne souhaitant se positionner ni en faveur du gouvernement, ni en faveur de l'Europe.

Par ailleurs, quelque 1.200 des militants de la gauche anti-parlementaire se sont retrouvés devant l'université.

Vers 21H00, des centaines de manifestants anti-européens, dont de nombreux jeunes, ont marché sur une avenue proche du Parlement. Plusieurs d'entre eux, portant des casques de moto et des masques à gaz, toisaient les forces de l'ordre, en casques et boucliers, à quelques centaines de mètres du Parlement.

Un drapeau européen a été brûlé devant la représentation de la Commission européenne à Athènes, selon une photographe de l'AFP.

Dans un autre quartier de la capitale, environ un millier de personnes ont répondu à l'appel de l'ancien Premier ministre socialiste (Pasok) Georges Papandréou, à la tête d'un nouveau parti rival du Pasok et qui appelle à voter oui au référendum.

A Thessalonique, dans le nord du pays, les partisans du oui, mené par le maire Yannis Boutaris, étaient environ 4.000, selon la police.


Les banques verrouillent toujours les retraits mais plus les dépôts

Les trois principales banques grecques, qui depuis lundi ont fermé leurs portes et drastiquement limité leurs retraits aux distributeurs, ont annoncé jeudi qu'elles recommençaient cependant à accueillir leurs clients pour déposer de l'argent dans un nombre limité d'agences. La Banque nationale, La Banque du Pirée et Alpha Bank permettent depuis jeudi à leurs clients qui souhaitent déposer de l'argent ou effectuer des paiements sur des comptes en Grèce, de procéder à ces opérations dans les succursales déjà ouvertes depuis mercredi pour le versement des retraites, ont indiqué les trois groupes dans des communiqués distincts.

Les usagers pourront également souscrire aux services de banque en ligne, devenus indispensables depuis que les banques grecques ont fermé lundi pour une semaine dans le cadre de la mesure de contrôle des capitaux. Ils pourront également commander et retirer des cartes bancaires. Ces services sont proposés dans un peu moins de 800 agences en Grèce déjà ouvertes depuis mercredi pour que les retraités qui n'ont pas de carte de crédit puissent sortir l'argent de leur retraite dans la limite de 120 euros.

Reste à savoir si les Grecs se montreront désireux de confier de l'argent aux banques du pays au moment où les plus grandes incertitudes pèsent sur leur avenir.

Les retraits sont limités à 60 euros par jour sur les comptes grecs et l'affluence quotidienne devant les distributeurs prouvent que les clients exploitent massivement cette possibilité, asséchant progressivement les réserves bancaires qui ont déjà fondu au fil des derniers mois.

Pour limiter l'hémorragie, le contrôle des capitaux a également interdit les virements à l'étranger sauf cas exceptionnels.

Reçu vendredi par le président de la République, Prokopis Pavlopoulos, la présidente de la Banque nationale et de l'Union des banques grecques, Louka Katselli, a reconnu que depuis la mise en oeuvre des mesures de contrôle des capitaux "une véritable bataille quotidienne" était livrée "pour répondre aux impératifs du moment".