ÉCLAIRAGE

Le 16 novembre 1987 s'ouvre la période de souscription publique des actions Eurotunnel. Un consortium de cinq banques (BNP, Crédit Lyonnais, Indosuez, Midland et National Westminster) soutient le projet. L'investissement est vendu comme un «placement sans risque». À l'époque, on promet la mise en service du tunnel à partir de 1993 et le versement d'un dividende en 1995 au plus tard. Le Français André Bénard, alors directeur d'Eurotunnel, assure que la rentabilité moyenne sera de 18 pc jusqu'à l'échéance de la concession en 2042 (concession qui a ensuite été prolongée jusqu'en 2086 par la France et le Royaume-Uni).

Rendement promis: 18 pc...

Pour attirer les investisseurs, des avantages en nature sont prévus, comme par exemple des allers-retours gratuits à travers le tunnel. Séduits par ce projet innovant, des milliers de particuliers achètent des actions Eurotunnel, dont le prix est alors fixé à 35 francs français (5,34 euros). Le titre a été essentiellement souscrit en France et au Royaume-Uni. Aujourd'hui, 1,731 milliard d'actions Eurotunnel est entre les mains de petits porteurs, le solde (815 millions d'actions) se répartissant entre des investisseurs institutionnels, des banques et des sociétés.

Seulement, l'action Eurotunnel ne vaut plus grand-chose. Son cours, suspendu le 15 mai dernier, stagne à 0,44 euro. Comment en est-on arrivé là? A la fin de l'année 1987, l'entrée en Bourse avait permis de lever 7,7 milliards de francs français (1,17 milliard d'euros). Après un petit dérapage le premier jour de cotation (le titre chute à 3,81 euros), de plus en plus d'investisseurs se tournent vers Eurotunnel, si bien que le titre culmine à 14,71 euros en 1989. Ensuite, les actionnaires ne connaîtront que des désillusions.

Le coût du projet est revu à plusieurs reprises, ce qui nécessite des augmentations de capital. Les actionnaires voient leur participation diluée et le titre recule en Bourse. Outre le retard de l'ouverture du tunnel, l'entreprise doit faire face à des prévisions de trafic bien moins optimistes qu'auparavant. En 1995, les relations entre Eurotunnel et ses fournisseurs se dégradent. La Commission des opérations de Bourse (l'actuelle Autorité des marchés financiers) se penche sur le dossier. Un tribunal place le groupe sous surveillance. En 2005, la dette atteint 9 milliards d'euros et le titre plonge sous la barre des 20 cents.

© La Libre Belgique 2006