La dixième édition du salon aéronautique de Dubaï, qui vient de fermer ses portes, est riche en enseignements. En premier lieu, l'ampleur des contrats qui y ont été passés impressionne : de dix clients, Airbus a reçu 163 commandes fermes pour une valeur dépassant les 28 milliards de dollars au prix catalogue, et 132 engagements de la part de trois sociétés. Ce grand bond en avant permet à l'avionneur européen de repasser devant son concurrent américain Boeing pour l'exercice 2007, avec 1 122 commandes déjà engrangées, tout en battant d'ores et déjà son propre record de 1 111 appareils vendus en 2005.

Ce n'est pas la seule source de satisfaction pour l'avionneur européen, après nombre de secousses cette année. Avec 80 commandes fermes de deux compagnies, Emirates et Yemenia, et 30 engagements de la part du loueur Dubaï Aerospace Enterprise (DAE), le projet de long-courrier à fuselage large A350XWB prend définitivement son envol. A ce jour, il totalise 276 achats, de la part de 11 clients. Le directeur commercial John Leahy compte bien terminer l'année sur un score de 300 appareils, dont, c'est à souligner, les premiers exemplaires ne devraient être livrés qu'à partir de 2013. Le patron d'Airbus, Tom Enders, a raison de moins insister sur le nombre de ventes que sur la confiance dont témoignent les compagnies : rassurant, en ces heures difficiles de retards industriels, de restructurations et d'affaires de délits d'initiés chez EADS.

L'avion du prince

Dans la foulée, le très gros porteur A380 reçoit 11 nouvelles commandes d'Emirates et la confirmation du premier client privé, le prince saoudien Al Waleed Bin Talal, pour ce qui sera un palace volant. D'autres acheteurs pour ces deux appareils, ainsi que pour l'A320, pourraient encore se dévoiler prochainement, comme Gulf Air, compagnie publique de Bahrein, et Kuwait Airways.

Un rapide calcul induit l'autre conclusion fondamentale de ce salon : en ajoutant 11 A380 à ces 47 commandes précédentes, Emirates totalisera 58 très gros porteurs dans sa flotte. Si l'on y ajoute les 70 A350 "fermes" et les 50 options prises, cela donne une capacité d'emport proprement hallucinante à la compagnie de Dubaï, basée dans ce petit Etat du Golfe ne totalisant même pas 700 000 âmes. Alignant déjà 111 appareils, Emirates en a 246 autres en commandes. Pour sa part, en plus de ses 30 A350, DAE a commandé 70 A320, soit 100 avions, et, pour faire bonne mesure, autant à Boeing ! Le coeur de Qatar Airways penche, lui, pour le 787 (30 exemplaires) et le 777 Freighter (5). On croit rêver.

Même s'il est en croissance, ce n'est donc pas sur leur marché intérieur que les compagnies de la région comptent appuyer une expansion qu'elles pressentent phénoménale.

Dans ce grand jeu, Emirates fait figure de chef de file, et Dubaï est en train de construire l'un des plus grands aéroports du monde, capable d'accueillir 120 millions de passagers par an. Pour en faire quoi ? Un immense hub, pardi, une gigantesque plate-forme de transit entre l'Asie, en plein boom économique, et les Etats-Unis ou l'Afrique. Et qui ferait les frais de l'opération ? Heathrow, Francfort, Paris-Charles-de-Gaulle, soit les grands centres européens de correspondances. Même avant d'en arriver là, Emirates prévoit d'utiliser ses A380 sur des lignes reliant Dubaï à la Grande-Bretagne, où les 18 vols journaliers affichent presque complet. Or, la compagnie s'attend à une croissance de 20 pc sur cet axe.

Composite à Abou Dhabi

Voilà pourquoi, de façon imprévue par les analystes de tout poil, les pays du Golfe prennent une part déterminante dans l'aéronautique commerciale. Le phénomène s'est traduit début juillet, peu après le salon du Bourget, par l'entrée de Dubaï dans le capital d'EADS à raison de 3,6 pc. Récemment, l'on a appris qu'un fonds d'investissement d'Abou Dhabi, Mubadala Development C°, était susceptible de fabriquer des éléments de fuselage en fibre de carbone pour le compte d'EADS d'ici trois ans. Le futur est à nos portes.