Les autorités de Dubai ont annoncé lundi que l’Emirat n’assumerait pas les dettes du conglomérat public Dubai World. "Les créanciers doivent assumer leur propre part de responsabilité tenant à leur décision de prêter aux entreprises", a déclaré Abdoulrahman al Saleh, le directeur du département financier de l’Emirat, à la chaîne de télévision Dubai TV. "Ils pensent que Dubai World fait partie de l’Etat, ce qui est incorrect." "L’Etat est le propriétaire de l’entreprise mais, depuis sa création, il est établi que l’entreprise n’est pas garantie par l’Etat", a-t-il souligné. "Elle traite avec toutes les parties sur cette base et elle emprunte sur la base [ ] de ses projets, pas de la garantie de l’Etat."

Cette déclaration n’a pour autant pas apaisé les craintes liées aux risques de propagation des difficultés du groupe à l’ensemble de l’économie et de la finance de la région. Les marchés boursiers des Emirats arabes unis (EAU), fermés en raison des célébrations de l’Aïd, n’avaient jusqu’à présent pas pu réagir à la décision de Dubai World et de sa filiale de construction et de promotion immobilière Nakheel de demander un moratoire de six mois sur plusieurs milliards de dollars de dettes. Leur réaction a donc été d’autant plus marquée lundi: la Bourse d’Abou Dhabi a fini en baisse de 8,31 %, un recul sans précédent depuis sa création, et celle de Dubai a perdu 7,3 %, sa chute la plus marquée depuis octobre 2008.

Des baisses qu’Abdoulrahman al Saleh a jugées exagérées. "La restructuration est une sage décision qui sert les intérêts de toutes les parties à long terme mais qui pourrait, à court terme, inquiéter les créanciers", a-t-il constaté. Le moratoire concernerait environ 5,7 milliards de dollars (3,8 milliards d’euros) de dettes arrivant à échéance avant la fin mai 2010.

La banque centrale des Emirats a promis, dimanche soir, qu’elle fournirait des liquidités aux banques locales en cas de besoin. Mais le gouvernement, toujours selon les propos d’Abdoulrahman al Saleh, a estimé que cela ne serait sans doute pas nécessaire. "Je ne pense pas que les banques en soient au point d’avoir besoin d’un supplément de liquidités apporté par la banque centrale", a-t-il déclaré. La National Bank of Abu Dhabi, qui dit avoir une exposition de 345 millions de dollars à Dubai World Group, a chuté de 9,7 % en Bourse lundi. La crainte d’une contagion touche aussi le marché obligataire, d’autant que Nakheel a également demandé une suspension des transactions sur trois de ses emprunts islamiques cotés, représentant 5,25 milliards de dollars (3,5 milliards d’euros).

Pour certains observateurs, les déclarations des autorités de Dubai ne suffiront sans doute pas à apaiser les craintes des marchés. La distinction entre le gouvernement de Dubai et Dubai World Group et, surtout, Nakheel, semble minime, à tout le moins nébuleuse.

Dans une note publiée lundi, l’agence de notation Moody’s a indiqué qu’aucune grande banque britannique (connues pour être des prêteuses actives aux Moyen-Orient) ou internationale n’avait, a priori, d’exposition suffisante à la crise de la dette de Dubaï pour voir sa note de dette affectée. Elle a également affirmé que la crise de la dette de Dubai ne devrait pas affecter la solidité des finances d’Abou Dhabi, riche en pétrole, et du gouvernement fédéral des Emirats arabes unis, dont elle maintient la notation à Aa2. Non sans conclure qu’une perte de confiance des investisseurs à la suite de cette crise de la dette de Dubai pourrait s’avérer "désastreuse" pour l’économie mondiale toujours convalescente, même si les pertes potentielles sont modestes. (avec AFP et Reuters)