RENCONTRE

«Il est très difficile de se battre contre une rumeur», fulmine Michel Moortgat, l'administrateur délégué de la brasserie anversoise, qui produit la Duvel, la Maredsous et la Vedett. C'est d'autant plus complexe quand la rumeur se propage à la vitesse de l'éclair sur Internet. Depuis deux mois, une lettre anonyme écrite en français et circulant sur le web affirme que la brasserie Moortgat «était la seule brasserie qui avait accepté d'abreuver des soldats allemands pendant la 2e Guerre mondiale» et que «cette fois-ci, ils ont décidé de reverser au Vlaams Belang, quelques cents de leurs bières consommées par divers buveurs de bières, c'est-à-dire vous et moi (sic)». Le courriel conclut en appelant au boycott des Duvel, Vedett et Maredsous.

«Nous sommes apolitiques et ne soutenons aucun parti politique», insiste Michel Moortgat (38 ans) qui avec ses deux frères et une cousine détient la majorité des actions de l'entreprise (le solde, 25 pc, est coté en Bourse). «Même si le sujet est délicat et si je vais heurter certains consommateurs, j'ose dire que je ne partage pas les idées du Vlaams Belang», nous a-t-il affirmé. «Que ce soit clair, nous ne finançons ni ne soutenons en aucune manière, même pas indirecte, le Vlaams Belang, de même que son prédécesseur le Vlaams Blok. Je n'ai jamais été contacté par des politiciens du Vlaams Belang».

Mais alors d'où vient cette rumeur? «Je ne sais pas ce qui s'est passé durant la 2e Guerre mondiale. Il y a certainement la proximité de la brasserie (5 km) avec le fort de Breendonk qui joue. De plus, le frère de mon grand-père paternel a été bourgmestre de Breendonk pendant la guerre et il avait la réputation d'être flamingant. Je sais aussi que mon grand-père ne partageait pas ses idées politiques. Par ailleurs, mon grand-père maternel était d'origine juive, donc je trouve cela assez déplacé», explique Michel Moortgat.

Après avoir d'abord réagi discrètement, en démentant la rumeur sur leur site Internet et en répondant aux questions des consommateurs, les propriétaires de la brasserie ont décidé de passer à l'action. Ils vont porter plainte contre X du chef de harcèlement, de calomnie et pour diffamation au parquet de Bruxelles. «Le dossier sera déposé dans les tout prochains jours. Notre seule erreur a été de ne pas réagir publiquement immédiatement», précise le patron parfait bilingue.

Les ventes s'en ressentent

Si l'entreprise réagit ainsi à présent, c'est que cette

«campagne dénigrante» lui porte préjudice en Wallonie et à Bruxelles. En Flandre, comme par hasard, la rumeur ne fait pas de bruit. «En janvier, nos ventes n'ont pas été bonnes. Difficile de mesurer l'impact de la rumeur mais des clients nous ont rapporté que des consommateurs francophones refusaient de boire nos bières». Le patron de la brasserie se devait donc de prendre des mesures pour éviter que la Duvel, son produit phare et l'une des rares marques à connaître des croissances de l'ordre de 10 pc par an sur le marché belge de la bière en déclin, ne boive davantage la tasse.

© La Libre Belgique 2005