CORRESPONDANT EN ALLEMAGNE

Les réticences des autorités espagnoles n'empêcheront pas E.ON de poursuivre son OPA (offre publique d'acquisition) sur Endesa. «Mon optimisme est dû au fait que la Commission européenne vient d'ouvrir une enquête à l'égard de Madrid», a lancé Wulf Bernotat, président du principal groupe d'énergie européen à la conférence de presse annuelle. Il a parlé d'une «tendance au protectionnisme fort déplorable, l'idée européenne risque d'en faire les frais».

À la question de savoir s'il n'est pas «naïf» de croire que dans les cas E.ON-Endesa et Suez-Gaz de France, les actionnaires, et non les gouvernements, auront le dernier mot, le patron allemand a rétorqué: «L'actionnaire est le propriétaire de l'entreprise et il décide du sort de son bien, cela est un point de droit important».

Il est convaincu que les actionnaires d'Endesa finiront par accepter son offre de 29,1 milliards d'euros, très supérieure aux 22,5 milliards de Gas Natural. Mais il sait aussi que l'opération risque de durer, disant: «Pour nous le temps ne joue pas un très grand rôle». E.ON, assure-t-il, n'a pas l'intention de majorer son offre, «mais le groupe en a les moyens». Non seulement un consortium de quatre banques d'affaires vient d'ouvrir à E.ON une ligne de crédit de 32 milliards d'euros, mais encore le groupe de Düsseldorf est tout à fait désendetté. L'an dernier la vente d'importantes participations a propulsé le bénéfice net part du groupe à 7,4 milliards d'euros (+71pc). Le résultat opérationnel, qui a progressé de 8pc à 7,3 milliards en 2005, devrait encore hausser «légèrement» cette année.

Le président est d'avis que les regroupements en cours sur le marché européen de l'énergie représentent la «deuxième vague de consolidation», au terme de laquelle devraient quand même subsister plus d'entreprises que le trio E.ON, EDF et Enel. Façon d'enlever un peu la pression. Contrairement aux affirmations espagnoles, a-t-il poursuivi, l'Etat allemand ne peut pas interdire à un tiers de reprendre E.ON. Certes, l'autorisation ministérielle accordée à E.ON de reprendre le géant du gaz Ruhrgas stipulait qu'en cas de vente d'E.ON à un groupe extérieur à l'Union européenne, Berlin pourrait réexaminer le cas Ruhrgas. Mais cela n'a rien de protectionniste. «N'importe qui peut racheter E.ON», insiste le patron.

En clôture, hier, l'action du groupe énergétique allemand a reculé de 0,98pc à 90,65 euros.

© La Libre Belgique 2006