Une décision sur la réorganisation du groupe européen EADS et de sa filiale Airbus devrait intervenir prochainement, le gouvernement français semblant décidé à crever l'abcès après plus de dix jours de crise.

L'ultimatum de 72 heures fixé samedi par le ministre de l'Economie Thierry Breton pour trouver une solution aux problèmes d'EADS arrive à expiration mardi. Le ministre a poursuivi samedi et dimanche les consultations avec les actionnaires privés français (Lagardère) et allemand (DaimlerChrysler). L'Etat français détient 15 pc du capital d'EADS.

Règles de gouvernance

Le ministère n'a pas souhaité communiquer lundi sur l'issue de ces entretiens. De même, EADS, Lagardère et DaimlerChrysler se sont refusé à tout commentaire.

Toutefois, les scénarios apparemment envisagés par le gouvernement français ne semblent pas du goût des autorités allemandes.

«Il n'y a pas de raison de changer quoi que ce soit à la structure de direction de la société, qui a fait ses preuves», a déclaré lundi le porte-parole de la chancelière Angela Merkel.

Mais, alors que l'Etat français est directement actionnaire d'EADS, l'Allemagne est représentée au capital du groupe seulement par le constructeur automobile DaimlerChrysler, qui détient une part de 22,5 pc.

Tout changement d'organisation ou d'hommes chez EADS devra être entériné par le conseil d'administration du groupe. Initialement prévu le 13 juillet selon une source proche, il pourrait être avancé.

Plusieurs hypothèses sont évoquées. «Soit Paris débarque M. Forgeard (NdlR, le coprésident français d'EADS) en laissant le coprésident allemand (Thomas Enders) seul aux commandes, renonçant à l'équilibre franco-allemand. Soit, il remplace M. Forgeard par un autre Français, ou il se contente de modifier l'équilibre des compétences entre les deux coprésidents en supprimant le poste de président d'Airbus pour qu'EADS dirige directement sa filiale», avait jugé samedi une source industrielle.

Les retards de l'A 380, qui ont fait chuter le titre de 26 pc le 14 juin, ont reflété une crise profonde de management, les dirigeants d'EADS affirmant avoir été prévenus tardivement par Airbus, et un regain des tensions franco-allemandes.

Selon la presse française, Louis Gallois, PDG de la SNCF et représentant de l'Etat au conseil d'EADS, pourrait remplacer M. Forgeard.

Sur le terrain politique français, la crise perdure alors que M. Forgeard, empêtré comme cinq autres dirigeants dans la vente controversée d'actions en mars, doit être auditionné mercredi par les commissions des Finances et des Affaires économiques de l'Assemblée nationale. «La direction d'EADS est sur la sellette. Toute la direction, pas simplement un de ses responsables», a déclaré le porte-parole du Parti socialiste.

L'action EADS était en hausse de 3,32 pc lundi.

© La Libre Belgique 2006